À Kinshasa, la lutte pour redonner espoir aux enfants des rues

Dans les rues de Kinshasa, des ONG s'engagent pour un avenir meilleur des enfants abandonnés.
À Kinshasa, la lutte pour redonner espoir aux enfants des rues
©Glody MURHABAZI, AFP - Alphonse (au centre), professeur de français, donne des cours à d'anciens enfants des rues au centre de formation de l'ONG OSEPER à Kinshasa, capitale de la République démocratiqu

Dans un ancien entrepôt, des enfants errent parmi des voitures rouillées. À Kinshasa, des organisations non gouvernementales (ONG) s'efforcent d'offrir un futur à ces jeunes appelés "shégués", laissés à eux-mêmes dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Abandonnés par leurs familles ou échappant à la pauvreté, ces "shégués" sont des milliers à survivre à travers la mendicité, parcourant les rond-points et les avenues de cette ville de près de 17 millions d'habitants.

"L'hémorragie est profonde, nous rencontrons de nouveaux cas chaque jour", déplore Georges Kabongo, éducateur engagé depuis plus de 11 ans avec l'ONG Œuvre de reclassement et de protection des enfants de la rue (ORPER).

Chaque jour, ses équipes sillonnent les quartiers les plus défavorisés de la capitale pour secourir et soigner les plus vulnérables.

- "Lame de rasoir" -

Un infirmier de l'ONG nettoie une profonde blessure sur le bras d'un jeune garçon assis à l'arrière d'un véhicule tout-terrain. Ses jambes sont également marquées par des éraflures.

"Les autres l'ont coupé avec une lame de rasoir. Ils font cela pour marquer les nouveaux", raconte Willie Masalé, en blouse blanche. À côté de lui, une jeune fille est inconsciente dans un pick-up, tandis qu'une autre, âgée de 13 ans, cache une grossesse sous un pull usé.

Dans le quartier populaire de Limete, la violence, la drogue et la prostitution font partie de la vie quotidienne des "shégués". "Les filles subissent aussi des viols, nous les sensibilisons sur les risques d'infections et de VIH", ajoute Georges Kabongo. Chaque année, l'équipe mobile vient en aide à plus de 800 mineurs dans les rues.

Nombre d'entre eux sont accusés par leurs familles d'être des "enfants sorciers" : "C'est une excuse pour se débarrasser d’eux", déplore M. Kabongo.

En RDC, près de 75 % de la population vit avec moins de trois dollars par jour, selon la Banque mondiale. Dans la capitale, les églises évangéliques prolifèrent, et de faux pasteurs prétendent exorciser les "enfants sorciers" contre paiement.

"Certains les séquestrent, les privant de nourriture, les forçant à subir des pratiques inhumaines", dénonce l'éducateur.

Une fillette de 11 ans, pieds nus, approche. Son corps est parsemé de cicatrices. "C'est ma propre famille qui m'a versé de l'huile brûlante", raconte-t-elle, ayant fui il y a deux ans avec ses deux grandes sœurs.

L'équipe mobile essaie de la convaincre de passer la nuit dans un des foyers de l'ONG, où elle pourrait trouver refuge et nourriture.

- "Utiles à la société" -

Une autre ONG, l'Œuvre de suivi, d'éducation et de protection des enfants de la rue (OSEPER), mise sur la formation pour "redonner espoir" à ces jeunes rejetés par la société.

"À votre sortie, vous pourrez devenir des entrepreneurs", assure le professeur de français à des élèves dans un centre de formation de l'OSEPER. L'association propose des leçons de lecture et d'écriture ainsi que des formations professionnelles. Une centaine de jeunes y apprennent la menuiserie, la couture et la boulangerie.

"À leur majorité, ils pourront travailler et devenir autonomes. L'objectif est de les réinsérer et de les rendre utiles à la société", résume Christophe Moké, éducateur au sein de l'OSEPER.

En cuisine, Daniel façonne des pâtons. Abandonné par sa mère, puis par sa grand-mère, il rêvait d'une carrière de chanteur d'église. Aujourd'hui, après avoir connu la violence de la rue, il aspire à une "vie stable".

"Je pleure souvent la nuit, repensant à mon passé", confie le jeune de 17 ans, qui a vécu plusieurs mois parmi les "shégués". "Là-bas, il faut être brutal. On te frappe tous les jours, et tu dois voler pour manger. Je regrette beaucoup de mes actes", admet l'adolescent, n'ayant plus de nouvelles de sa famille.

"Les ONG pallient le manque de soutien des familles et de l'État", observe Désirée Dila, une encadrante du centre.

Faute de financements, l'association dépend des dons privés et de partenaires extérieurs, comme la fondation française Apprentis d'Auteuil, pour fonctionner. Les équipes sont préoccupées par une baisse de l'aide humanitaire, ce qui menace la pérennité de leurs actions.

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