Affaiblie par les rivalités entre grandes puissances et les conflits mondiaux, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se prépare à une conférence cruciale à Yaoundé, au Cameroun, du 26 au 29 mars. Cette rencontre se déroule sur fond de tensions commerciales croissantes, exacerbées par les droits de douane imposés par les États-Unis et les répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient. La directrice générale, Ngozi Okonjo-Iweala, insiste sur le caractère urgent de cette réunion, décrivant la situation actuelle comme une véritable "sonnette d’alarme" pour l’avenir du commerce mondial.
Cette édition de la conférence ministérielle est particulièrement significative, car les membres doivent élaborer un plan d’action pour réformer une institution éprouvée par la montée du protectionnisme. L'échec des discussions lors de la dernière conférence à Abou Dhabi, notamment sur les questions de pêche et d'agriculture, a mis en lumière la nécessité d'un changement structurel à l'OMC. Des experts, comme Petros Mavroidis, professeur à la Columbia Law School, prédisent des débats tendus, marqués par des divergences profondes sur le principe du consensus et l'égalité des conditions de concurrence.
Pour Ngozi Okonjo-Iweala, le statu quo n'est plus une option viable. Elle affirme que l’OMC est à un tournant décisif, un sentiment partagé par l'Union Européenne et la Suisse, qui craignent une perte de pertinence de l'organisation si des réformes ne sont pas rapidement mises en œuvre. L'ambassadeur suisse, Erwin Bollinger, met en garde contre une fragmentation accrue du système commercial en l'absence d'une action coordonnée.
Lors de cette conférence, les Américains, qui ont manifesté leur scepticisme vis-à-vis des réformes proposées, risquent de dominer le débat. Leur ambivalence à l'égard des principes de l'OMC, particulièrement concernant la "nation la plus favorisée", complique encore davantage la situation. Cédric Dupont, professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, souligne que les États-Unis tentent de paralyser les discussions sur les sujets qui ne les intéressent pas, créant une impasse.
Il est devenu impératif de résoudre les blocages, notamment celui de l'organe d’appel, paralysé depuis 2019. Selon Hamid Mamdouh, ancien haut fonctionnaire de l’OMC, ce climat de crise est exacerbé par les décisions de l'administration précédente et l'incertitude qui en découle. La question de la prolongation du moratoire sur les droits de douane concernant les transmissions électroniques sera également au cœur des débats, nécessitant des négociations délicates, en particulier avec l'Inde.
La conférence de Yaoundé pourrait marquer un tournant décisif pour l'OMC et l'avenir du commerce mondial.







