Des manifestations massives secouent l'Allemagne depuis une semaine en soutien à l'actrice Collien Fernandes, qui accuse son ex-mari d'avoir diffusé de faux contenus pornographiques la mettant en scène. Ce mouvement met en lumière les problèmes de violences en ligne et de harcèlement.
Les rassemblements s'intensifient dans des villes comme Berlin, Hambourg et Francfort, à l'initiative du collectif Vulver, qui souligne les « lacunes flagrantes » dans la protection légale des femmes contre tels abus.
Alors qu'un projet de loi sur la régulation des fausses vidéos générées par intelligence artificielle (deepfakes) était déjà sur la table, la révélation d'une enquête par l'hebdomadaire Spiegel a exacerbé l'urgence de la situation. Le porte-parole du ministère de la Justice, Eike Hosemann, a même promis une réforme rapide concernant les violences numériques.
Fernandes, âgée de 44 ans et également mannequin, accuse son ex-conjoint, l'acteur Christian Ulmen, de créer de faux profils sur les réseaux sociaux pour contacter des hommes de son entourage et diffuser des vidéos altérées la représentant. Cette campagne de désinformation a conduit à un harcèlement persistant à son encontre.
Certains médias analysent cette affaire comme une résonance numérique de l'affaire Gisèle Pelicot, dans laquelle une femme a publiquement dénoncé les violences sexuelles dont elle a été victime.
Le parquet allemand a récemment déclaré qu'une enquête était ouverte contre Ulmen, bien que pour l'heure, seule l'accusation de harcèlement soit retenue. Une première plainte déposée en 2024 avait été classée, faute de preuves suffisantes.
Pour Fernandes, le cadre juridique en Allemagne reste insuffisant pour traiter ce type de crimes, qu'elle qualifie de « paradis pour les agresseurs ». Elle a même décidé de porter plainte en Espagne, où la législation sur les violences faites aux femmes est plus sévère.
La ministre de la Justice, Stefanie Hubig, a reconnu la nécessité de réformer le code pénal pour mieux répondre aux évolutions technologiques en matière de violences numériques. Sven Rebehn, directeur de l'association des juges allemands, a également noté un manque de moyens et de personnel pour traiter ces affaires complexes.
Les manifestations continuent de séduire les foules, avec environ 17 000 personnes ayant défilé à Hambourg le 26 mars. La mobilisation prend de l’ampleur, et des figures politiques, comme Luna Sahling, porte-parole des Jeunes Verts, insistent sur l'importance d'une législation appropriée pour protéger les victimes.
La pression sur le gouvernement s'accentue, notamment après des remarques controversées du chancelier conservateur Friedrich Merz, qui a insisté sur une « explosion de la violence », tout en mêlant cette problématique à des discours sur l'immigration, suscitant la colère des défenseurs des droits des femmes.
Lydia Dietrich, directrice d'une association d'aide aux femmes à Munich, a qualifié les propos de Merz de « mensonge populiste scandaleux » lors d'une manifestation de soutien à Fernandes, soulignant ainsi la tension entre les enjeux sociopolitiques et la lutte contre les violences faites aux femmes.







