Un ouvrage captivant fait revivre l'histoire emblématique du Rassemblement pour la République, un parti marqué par ses succès, ses conflits internes, et ses stratégies parfois douteuses. L'auteur, Pierre Manenti, normalien et expert en gaullisme, nous plonge dans les méandres de ce mouvement politique dans son livre Le RPR. Une certaine idée de la droite (Passés composés). Ce récit débute en 1976 avec la fracture entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing, et s'achève en 2002 lorsque les deux hommes concluent une réconciliation à travers la création de l'UMP.
Une fondation marquée par l'enthousiasme
Le 5 décembre 1976, près de 50 000 personnes se rassemblent porte de Versailles pour l’inauguration du RPR. À l’époque, le gaullisme dédaignait les partis en argumentant que Charles de Gaulle lui-même avait hésité à en fonder un. Cependant, face à l’évolution du paysage politique, les soutiens de de Gaulle réalisent l’importance de se moderniser. Charles Pasqua, l’un des chefs de file, introduit des éléments de marketing politique inédits, allant jusqu’à distribuer des gadgets aux militants, tout en recréant une ambiance festive avec des chants mémorables, tel ce classique : « Pour que la Seine ne charrie plus/ De poissons morts… »
Les évolutions d'un mouvement dynamique
Les années 70 voient un Chirac en pleine ascension, oscillant entre différentes affiliations politiques. En 1978, alors qu’il est à la tête d'une réforme législative, son positionnement devient de moins en moins clair, avec des oscillations entre des traditions de gauche et des alliances avec la Nouvelle Droite. Cette période de turbulence modifie le visage du RPR, virant vers des positions plus libérales sous l'influence d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé, suscitant la désapprobation de certains militants, comme le souligne Le Monde.
Les tensions internes se cristallisent autour de la question de l'alliance avec le Front National. Alors que certains figures du parti comme Michel Noir affirment leur refus de ce rapprochement, Manenti relève également des compromis locaux dans des contextes électoraux. Finalement, Jacques Chirac, malgré ses hésitations, choisit de maintenir une distance, jouant un rôle clé lors de l'élection présidentielle de 2002 où il oppose Le Pen au second tour.
Une nostalgie persistante
Les dernières années du RPR ont été entachées par des scandales qui nuisent à l'image du parti. La fusion avec l’UDF en 2002, bien que stratégique, soulève des questions sur l’identité politique du mouvement. La dynamique militante, autrefois festif avec ses rassemblements et son esprit collectif, doit composer avec une structure nouvelle, l'UMP. Le RPR reste cependant dans la mémoire collective comme un phénomène politique majeur, capable de tisser des liens sociaux dans un électorat souvent perçu comme isolé.
Franck Allisio, un ancien candidat du Rassemblement national à Marseille, a récemment redonné vie à l'image du RPR, signe que son héritage reste une clé de compréhension des dynamiques politiques françaises contemporaines. En somme, le RPR fut plus qu'un simple parti; il a constitué une véritable mythologie, transformant des simples adhérents en fidèles et des événements en véritables manifestations de foi politique.
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