Refusant les logiques de leadership précoce, 45 responsables de gauche proposent de construire d’abord un programme et une équipe pour faire émerger une candidature commune. Une stratégie inédite à l’approche de la présidentielle.
Une initiative audacieuse ou le début d’une recomposition ? À moins de deux ans des élections présidentielles, une quarantaine de figures éminentes de la gauche non insoumise s’emploient à reprendre les rênes du discours politique. Dans une tribune parue dans Ouest-France, 45 élus et anciens ministres, dont Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot et Boris Vallaud, dévoilent leur initiative intitulée "Construire 2027".
Le ton est solennel. "La grande bataille pour la France commence. Elle déterminera notre avenir", affirment-ils d’emblée. La tribune souligne un constat sévère quant à la situation de la gauche : "Sans reconquérir les classes populaires et moyennes qui lui ont tourné le dos, la gauche reste bloquée à moins de 30 % des voix". Le constat est d’autant plus alarmant face à un recul "dramatique" dans les zones rurales et périurbaines, qui déterminent désormais une large part de l’échiquier électoral.
En réponse à cet affaiblissement, les initiateurs de "Construire 2027" souhaitent rompre avec les logiques de leadership ayant conduit à des revers successifs. Leur pari repose sur une inversion des pratiques politiques : construire d’abord un projet, puis former une équipe, avant de penser candidature. Ce processus inclusif s’articule autour d’une vision programmatique ambitieuse. Pouvoir d’achat, santé, logement, éducation : ces thèmes cruciaux sont au centre de leur projet. Ils s’engagent également à préparer le pays aux défis contemporains, du changement climatique à l’intelligence artificielle, sans négliger le vieillissement de la population.
Une recomposition sans LFI
Cette tentative de refondation évoque implicitement une recomposition dépourvue de La France insoumise. Bien que le texte ne suggère pas puissance l’absence d’un point de rupture explicite, l'absence des proches de Jean-Luc Mélenchon parmi les signataires dessine les contours d’un rassemblement alternatif.
Les divergences se manifestent aussi dans l’approche du débat public et du projet politique. Les signataires aspirent à unir les "résistants de la démocratie et de la République," s’opposant à "la brutalisation de la société et du débat public". Cela positionne clairement leur démarche en opposition aux stratégies plus combatives promues par LFI ces dernières années.
Ce choix comporte des risques. Cela soulève une question essentielle : une gauche rassemblée mais incomplète peut-elle espérer atteindre le second tour ? Ou, au contraire, ce choix est-il la clé d’une reconquête plus large ? Car au-delà des politiques publiques, ils aspirent à retisser un lien politique. "Un projet qui comble le fossé entre les citoyennes, les citoyens et les gouvernants", écrivent-ils, appelant à revitaliser toutes les formes de démocratie.







