Entretien. Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, discute de ses ambitions présidentielles à l'occasion de son nouveau livre, 2027 : La liberté ou la mort, tout en dénonçant l'impuissance politique des alternances qui refusent de sortir de l'Union européenne.
Valeurs actuelles. Dans cet ouvrage, vous retracez votre lutte contre le projet européen. Quand avez-vous pris conscience de ses enjeux ?
Nicolas Dupont-Aignan : Ma prise de conscience remonte à Philippe Séguin. Son discours de 1992 à l'Assemblée nationale a été un véritable révélateur. À cette époque, les avertissements sur les dangers du traité de Maastricht étaient écartés avec mépris. Nous étions dupés par des promesses d'un futur radieux, alors qu'en réalité, ce traité proposait un monde illusoire.
J'ai voté contre chaque traité depuis, convaincu que ce système nuisait à notre pays en réduisant la responsabilité des citoyens. En réalité, nous devenons une colonie avec un gouvernement fictif qui ne fait qu'agiter les apparences. Pendant que la classe politique semble active, la France s'enfonce dans des crises que ce système ne fait qu'aggraver.
Évoquez-vous la lâcheté de la classe politique avec des noms comme Chirac ou Sarkozy. Est-ce simplement de la lâcheté ou un soutien réel au projet européen ?
Tout commence par un manque de courage. Beaucoup pensent encore qu'il faut être pro-européen pour garantir une élection. Pendant ce temps, la machine bruxelloise, autiste aux cycles électoraux, continue de fonctionner.
Ils ont signé des traités qui nous ont dépouillés de nos capacités d'action. À chaque fois que nous commettons la même erreur, nous nous rapprochons d'un naufrage inévitable.
Avec Emmanuel Macron, une adhésion explicite au projet fédéraliste est maintenant manifeste. Son dernier discours néglige complètement la France au profit d'une vision européenne unifiée. C'est un signal alarmant d'un coup d'État en cours.
Ce coup est déjà visible à travers des atteintes à nos libertés d'expression. Critiquer le projet européen devient suspect. Des mesures telles que le Digital Services Act ou l'annulation d'élections en Roumanie sont des signes d'une dérive vers un système totalitaire.
La guerre sert de prétexte à abandonner notre souveraineté. La crise économique est utilisée pour justifier la désintégration de la France. Nous sommes confrontés à une répétition des tactiques de la doctrine Brejnev avec des États de plus en plus affaiblis.
On me dit souvent que sortir de l'Union européenne serait risqué. Certes, mais y rester l'est encore plus. Un soi-disant patriotisme à la sauce Macron ne se traduit pas par des résultats concrets.
Qu'en pensez-vous du discours du Rassemblement national concernant l'Europe ? Est-ce une forme de renoncement ?
Je ressens une angoisse similaire à celle de Philippe Séguin à l'époque de Chirac. À l’heure actuelle, les représentants du RN semblent se plier à l'establishment européen au lieu de défendre ce qu'ils ont toujours prôné.
Je me positionne comme candidat à l'élection présidentielle avec une ligne souverainiste, pour éviter cette dérive. Je constate qu’en renonçant à ses principes patriotiques, le Rassemblement national risque de se condamner à l’inefficacité.
Pensez-vous qu'une transformation de l'Union européenne de l'intérieur soit envisageable ?
J'y ai cru longtemps. Cependant, la puissance de l'appareil bruxellois et la fragilité des États rendent tout espoir d'inversion du rapport de force illusoire.
La volonté d'instaurer un référendum pour ramener la juridiction française au-dessus de l'européenne est une excellente initiative. Néanmoins, il est crucial de comprendre que cela aboutirait inévitablement à une sortie de l'Union européenne, que Bruxelles ne pourrait jamais accepter.
Votre candidature présidentielle est-elle une réponse à cela ?
Oui, toute alternance sans prise de distance vis-à-vis de l'UE serait vouée à l'échec. Aucune de ces élections ne pourra véritablement changer la donne tant que Bruxelles maintiendra son emprise.
Rester dans l'UE représente un risque plus grand que d'en sortir. La sortie doit être temps fort, une préparation nécessaire. Il n’y a pas de place pour l’ambiguïté, il faut oser marcher vers la reconstruction d’une Europe des nations.
Le mouvement souverainiste a souvent manqué de clarté, réduisant ses idées à un folklore sans véritable perspective de reconstruction.
Les idées souverainistes gagnent du terrain, mais stagnent lors des élections. Comment l'expliquez-vous ?
Cela fait partie de notre responsabilité. Nous avons coincé nos idéaux dans des représentations désuètes, en omettant de fournir un projet concret.
Les électeurs sont lucides. Ils savent que quitter l'UE sera un chemin semé d'embûches et nécessitera un effort collectif. Leur résignation, renforcée par nos divisions internes, les pousse à l'abstention.
Mon objectif est d'assurer que la sortie de l'Union européenne devient une vision inspira-tionnelle. Cela nécessite aussi une coalition de tous les souverainistes, de Philippe de Villiers à Michel Onfray.
Vous parlez souvent de Philippe Séguin. Que dirait-il de l'état actuel de la France ?
Il dirait sans doute : « J’avais raison. »







