Le Sénat renforce la rétention des étrangers : la gauche s'insurge contre une dérive sécuritaire

Le Sénat adopte des mesures controversées sur la rétention des étrangers, la gauche dénonce.
Le Sénat renforce la rétention des étrangers : la gauche s'insurge contre une dérive sécuritaire
La proposition de loi projette la création d’une « injonction d’examen psychiatrique ». © ANDBZ/ABACA

Le 20 mai, le Sénat français a donné son accord à une proposition de loi introduite par Charles Rodwell, député Renaissance, visant à durcir le cadre de la rétention des étrangers. Ce texte, qui soulève de vives inquiétudes, tend à allonger la durée maximale de la rétention administrative, déjà considérée comme excessive par de nombreux acteurs de la société civile.

À présent, jusqu'à sept mois de rétention peuvent être imposés aux étrangers en situation irrégulière jugés « dangereux ». Les députés et sénateurs, cependant, n’ont pas réussi à s’accorder sur les critères de cette mesure, les députés plaidant pour un ciblage strict des exilés condamnés, tandis que le Sénat inclut un éventail plus large de délits. Cette approche a été interprétée par plusieurs organisations, notamment La Cimade et France Terre d'Asile, comme un amalgame malheureux entre immigration et terrorisme, qui pourrait aggraver la stigmatisation des populations migrantes.

Les soutiens gouvernementaux face aux critiques

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a justifié cette législation par un besoin de sécurité, en citant les menaces terroristes ayant jalonné la France depuis 2017. Selon lui, les leçons de ces événements tragiques doivent mener à des actions concrètes. Cependant, ce discours a été accueilli avec scepticisme par de nombreux élus de gauche, qui voient dans cette loi une solution à des problèmes complexesille, criant à une « surenchère sécuritaire ». Ils soutiennent que les mesures adoptées pourraient constituer une atteinte grave aux droits des individus concernés.

La loi introduit également une « injonction d’examen psychiatrique » destinée aux étrangers considérés comme radicalisés. Cette définition floue pourrait servir à justifier des traitements inhumains et à alimenter la méfiance vis-à-vis de ces populations, déplorent les critiques.

Une situation alarmante pour les droits humains

Des rapports récents indiquent une explosion des durées de rétention, qui est passée à une moyenne de 33,4 jours ces dernières années, un doublement en cinq ans. Un total de 44 035 personnes ont été retenues en 2025. Les associations, telles que le Forum Réfugiés et l’Assfam, tirent la sonnette d'alarme, alertant sur l'échec d'un système qui, au lieu de garantir des expulsions rapides, incarne une dérive inacceptable.

Antoine Léaument, député insoumis, a exprimé son mécontentement quant à l’utilisation systématique de la peur dans le discours gouvernemental. "Quand la peur règne, on peut gouverner par la force," a-t-il asséné lors d'un débat à l'Assemblée. Ce sentiment est partagé par plusieurs praticiens qui mettent en question la motivation et l’humanité du dispositif proposé.

Certains élus, tels qu'Elsa Faucillon, ont ajouté que ce texte mélangeait immigration, délinquance et santé mentale, une conséquence potentiellement néfaste des politiques sécuritaires actuelles. Malgré l’opposition consternée de la gauche, le vote a tout de même été favorable à la proposition de loi, un signe inquiétant pour l’avenir des droits fondamentaux des étrangers en France.

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