Les étudiants serbes redynamisent le mouvement de protestation

Un vent de révolte souffle sur la Serbie, avec des étudiants en première ligne.
Les étudiants serbes redynamisent le mouvement de protestation

Plus de 180 000 manifestants se sont rassemblés le 23 mai sur la place Slavija à Belgrade, illustrant le renouveau du mouvement anticorruption, impulsé après le tragique effondrement de la gare de Novi Sad, survenu il y a dix-huit mois. Dans le cadre de potentielles élections législatives anticipées, la mobilisation étudiante semble devenir un enjeu politique majeur, comme l’indiquent plusieurs médias d’opposition.

Selon le site Novosti, ce rassemblement se veut une démonstration de force d'un mouvement qui, en un an et demi, a su s’unifier pour faire face à la corruption, aux abus de pouvoir et à la dégradation des institutions, toutes sous l'emprise du Parti serbe du progrès dirigé par le président populiste Aleksandar Vucic.

En mettant l’accent sur la lutte anticorruption, les étudiants ont attiré à leur cause un large éventail de soutiens, allant des opposants politiques aux libéraux pro-occidentaux, en passant par les nationalistes et les citoyens de tous âges. Le magazine Vreme compare cette dynamique à la « recette à la hongroise » qui a permis à Peter Magyar de battre Viktor Orban.

Tournant politique

Le récent scandale entourant l’arrestation de Veselin Milicevic, chef de la police de Belgrade, pour son implication dans la dissimulation d'éléments de preuve dans une affaire criminelle, a mis en lumière la complicité entre les autorités et le monde criminel. Un des slogans phares du rassemblement de Slavija était d'ailleurs : « La Serbie ou la mafia », comme le rappelle le site Radar.

Les étudiants n’ont jamais dévié de leur exigence phare : la tenue d’élections anticipées. Si le président Vucic a d’abord rejeté cette demande, ces derniers temps, il a semblé plus conciliant, laissant entendre que des élections pourraient se tenir entre septembre et décembre.

La tragédie de l’effondrement de la gare de Novi Sad, qui a coûté la vie à 15 personnes le 1er novembre 2024, a suscité une large colère en Serbie, particulièrement parmi les jeunes. À la fin décembre, des étudiants de Belgrade et d'autres villes ont bloqué les universités, tandis que le 27 janvier 2025, ils paralysaient le principal échangeur routier de Belgrade. Le mouvement a pris une ampleur telle que le 1er février, des centaines d'entre eux ont parcouru près de 80 kilomètres entre Belgrade et Novi Sad pour occuper trois ponts. Le 23 mai 2026, de nouveaux rassemblements ont eu lieu, toujours axés sur la demande d'élections anticipées.

À ce stade, les étudiants se préparent activement sur le terrain, travaillant sur des listes électorales qui resteront confidentielles, mais qui comprendraient des experts non affiliés politiquement. Parmi ces figures, le recteur de l'université de Belgrade, Vladan Djokic, émerge comme un leader potentiel du nouveau front de l'opposition. Prêt à entrer dans l'arène politique si demandé, il est désormais un acteur clé dans la mobilisation estudiantine, comme le note Danas.

Lors de la manifestation, les étudiants ont élargi leur discours à des problématiques telles que la justice sociale, la santé, les droits des travailleurs, et la protection de l'environnement. Comme le souligne Vreme, “Cela soulève la question : s'agit-il d'un programme politique concret ou juste de bonnes intentions ?”

Recherche d’alliés auprès de Pékin et Trump

Avec sa domination politique depuis quatorze ans, Aleksandar Vucic peine à faire face à la montée du mouvement étudiant. Pour tenter de contrebalancer la mobilisation, il a prévu une contre-manifestation de ses partisans pour le mois de juin sur la même place. Parallèlement, il utilise son influence internationale pour détourner l’attention. Sa présence récente en Chine et sa volonté de cultiver des liens avec l'administration Trump montrent sa volonté de maintenir son assise au pouvoir face à la contestation.

Le 22 mai, il a publié un article sur Fox News, où il qualifie Donald Trump d’ami de la Serbie, une démarche qui suscite des interrogations quant à son positionnement politique face à la désapprobation européenne.

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