Ce mardi 9 juin, des accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH) se sont rassemblées devant la DSDEN de Foix, exprimant un profond mécontentement face à des conditions de travail jugées inacceptables. Salaires très bas, temps partiels imposés et absence de statut reconnu ont poussé ces professionnelles à s’exprimer, avec le soutien de syndicats et d’enseignants présents à leurs côtés, pour revendiquer la reconnaissance d’un métier crucial pour l’éducation inclusive.
En France, environ 140 000 AESH soutiennent au quotidien des élèves en situation de handicap, comme le rapporte la Fédération syndicale unitaire (FSU). Pourtant, ces travailleurs qualifiés déplorent des rémunérations qui ne reflètent pas la valeur de leur engagement. "Nous attendons des décisions concrètes, incluant la mise en place d'un corps de fonctionnaires de catégorie B et un emploi du temps à plein temps en accord avec les missions pour lesquelles nous sommes formés", souligne Antoine Loguillard, secrétaire départemental de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA).
"Au bout de 17 ans, mon salaire est de 1080 euros"
Parmi les voix qui se sont élevées, Anne Marchais, AESH depuis 17 ans, a relaté sa situation précaire : "Lorsqu’une AESH débute, elle est rémunérée environ 950 euros par mois. Après près de deux décennies, je ne gagne même pas 1 100 euros, alors que le seuil de pauvreté est fixé à 1 288 euros en France.” Elle souligne également que près de 99 % des AESH sont contraintes de travailler à temps partiel de 24 heures. "Il est difficile de penser à l’avenir dans de telles conditions", explique-t-elle, précisant que très peu de progression salariale est observée malgré l'inflation continue.
Une profession largement féminisée
Les manifestantes ont aussi dénoncé le fait que 94 % des AESH sont des femmes, souvent perçues comme naturellement destinées à s’occuper des autres, rendant difficile la valorisation de leur travail. "Cette vision economique de notre profession nous place dans une position d’invisibilité", ajoute-t-elle. Pour Assaad Magnier, de la FSU, il est impératif de doter les AESH d'un statut protecteur. "Il existe une pénurie de personnel, avec des démissions fréquentes alors que les besoins d’accompagnement croissent", affirme-t-il.
De plus, la pression sur le personnel se renforce face à des affectations parfois aléatoires. Le ministère de l’Éducation nationale a déclaré que de nombreux élèves restent sans accompagnement, ce qui accroît les risques psychosociaux parmi les AESH : près d’un tiers d’entre eux a consulté un professionnel de santé récemment, tandis que 45 % jugent leur état de santé comme pauvre.
"On a l’impression d’être des pions", témoigne Stépahnie, AESH à Lavelanet. Au-delà de leur vécu, ces professionnelles soulignent comment leurs conditions de travail impactent directement les élèves. Véro, AESH à Pamiers depuis 2018, raconte la difficulté de devoir s'occuper de jusqu’à sept élèves différents en une semaine, rendant ainsi impossible une attention optimale.
Des conséquences sur l'éducation
Le manque de formation est également un sujet de préoccupation majeure. "Avec seulement 60 heures de formation initiale, nous manquons des compétences nécessaires pour gérer la diversité des cas que nous rencontrons", déclare Anne Marchais. Cette situation soulève des interrogations : "Peut-on véritablement imaginer qu'une infirmière commence sans formation et doive apprendre sur le tas ? Cela n'a tout simplement pas de sens."
Myriam, professeure à Lavelanet, a également exprimé son soutien : "Sans les AESH, les établissements scolaires ne pourraient tout simplement pas fonctionner. Le personnel et les élèves méritent des changements réels".
Les AESH espèrent que leur mobilisation sera entendue, convaincues que l’avenir de l’école inclusive dépend de la valorisation de leur travail quotidien.







