À Siscu, une commune dynamique du Cap Corse, les élections municipales de mars s’annoncent tendues. La rivalité se dessine entre le maire sortant Ange-Pierre Vivoni et son opposant Alain Clémenceau, tous deux présentant des visions divergentes du développement communal. Les enjeux financiers, les grands projets comme l'acquisition du couvent Santa Catalina, ainsi que l'accès au logement pour les jeunes, s’imposent au cœur du débat.
Avec près de 1 200 résidents et environ 1 100 électeurs inscrits, Siscu a connu un essor résidentiel remarquable ces deux dernières décennies, soutenu par sa proximité avec Bastia. Cependant, cette attractivité fait face à des défis majeurs, notamment la pénurie de terrains constructibles. Comme l’explique Ange-Pierre Vivoni, "la commune a vu ses surfaces constructibles passer de 246 hectares à seulement 7 hectares", et il est estimé qu’il ne reste que "2 000 à 3 000 mètres carrés disponibles". En parallèle, les prix des propriétés ont explosé, atteignant désormais des sommets.
Alain Clémenceau, tête de liste d’Uniti per Siscu et élu d’opposition depuis 2020, exprime de vives préoccupations concernant une éventuelle dérive financière. "La dette de la commune approche les 3 millions d’euros", déclare-t-il, mettant en évidence plusieurs projets de grande envergure dont le coût élevé pourrait peser sur les finances locales. Parmi eux figurent le projet Renaghju, estimé à 4 millions d’euros, ainsi que des travaux coûteux pour la station d'épuration et la réhabilitation du couvent Santa Catalina, avec un coût total dépassant les 7 millions d’euros.
"On ne voudrait pas qu’au bout de tout ça, ce soient les Siscais qui payent", prévient Clémenceau tout en critiquant le manque de transparence autour des finances municipales. "Nous avons accès aux comptes de 2024, mais rien sur ceux de 2025, alors que nous avons le droit de les consulter". En réaction, Ange-Pierre Vivoni réfute ces allégations, affirmant que "la commune peut rembourser toutes les dettes en trois ans et demi sans augmenter les impôts". Il défend la nature des dettes comme étant "exclusivement d’investissement", tandis que chaque année, la commune génère un excédent de fonctionnement compris entre 250 000 et 350 000 euros.
Un des projets au cœur de la majorité est le Renaghju, qui vise à construire 8 logements et 9 commerces communaux dans la marine de Siscu. "Les loyers, fixés entre 600 et 700 euros, devraient permettre à la commune de percevoir entre 120 000 et 130 000 euros par an", explique le maire sortant, qui insiste sur le caractère productif de ce projet.
Concernant l'acquisition du couvent Santa Catalina, il fait état d'un achat à 1 million d'euros, financé par divers fonds. "Au final, la commune n’aura à mobiliser que 47 000 euros sur fonds propres", se réjouit-il. Vivoni affirme que son objectif est de "sanctuariser le site", en évitant toute construction et en maintenant l’usage agricole du terrain. Cela reste un sujet de tension, Clémenceau soulignant que d’autres propriétés, comme le couvent Saint-Antoine, restent à l’abandon.
Les deux candidats s’accordent sur un sujet : la difficulté pour les jeunes à se loger à Siscu. L’actuel maire suggère d’explorer la récupération de biens sans maître, tout en estimant qu’une réhabilitation pourrait coûter environ 150 000 euros. Clémenceau, de son côté, prône un audit financier et promet une gouvernance participative si son équipe est élue.
Alors que les élections approchent, la population s'interroge sur la direction que prendra Siscu. Les enjeux financiers et fonciers, ainsi que le bien-être des jeunes, sont à l’avant-scène de cette compétition électorale, reflet des défis contemporains auxquels les communes françaises doivent faire face.







