À quelques mois de la rentrée scolaire, le ministère de l'Éducation nationale s'inquiète d'une vague d'absences en raison de l'instauration d'un congé de naissance rétroactif à partir du 1er juillet. Les projections les plus pessimistes estiment que jusqu'à 15 000 professeurs pourraient ne pas être présents le 1er septembre. Cette situation fait écho à une pénurie persistante d'enseignants, qui a déjà été un problème majeur ces dernières années, où au moins 2 500 postes étaient vacants à la rentrée 2025 selon les estimations du ministère.
Ce nouveau congé, qui permet aux deux parents d'un nouveau-né de bénéficier d'une période de repos supplémentaire d'un à deux mois, s'ajoute aux congés maternité, paternité et parental existants. Les parents doivent notifier leur employeur au moins un mois à l'avance, mais ce délai peut être réduit à quinze jours si le congé fait suite à un congé maternité ou paternité. Pour l'instant, les parents n'ayant pas encore profité de ce droit, qui prend effet au 1er juillet, sont déjà en attente.
Les premières demandes afflueront dès début juin, avec un nombre potentiellement élevé de demandes concentrées autour de la rentrée, comme l’a souligné Edouard Geffray, le ministre en charge de l'Éducation nationale. Il a exprimé ses préoccupations : "Si tous les professeurs éligibles au congé de naissance le demandaient en même temps, il pourrait manquer 15 000 enseignants". Il a toutefois ajouté que l’administration se préparait à s’adapter à cette situation.
Des absences difficilement quantifiables
Bien que la projection de 15 000 absences soit alarmante, il semble peu probable que tous les enseignants concernés fassent usage de ce congé, en raison de considérations financières. En effet, ce dernier offre une rémunération de 70% du salaire net le premier mois et de 60% le second, ce qui pourrait dissuader certains enseignants de s’absenter. Une étude gouvernementale anticipait que seulement 10% des pères et 35% des mères prendraient le premier mois de congé lors de son introduction.
D'autres questionnements persistent quant à la période de prise du congé : les enseignants préféreront-ils s'absenter dès la rentrée ou attendre plus tard dans l'année ? Le ministère de l'Éducation nationale a d’ores et déjà demandé aux rectorats d’enquêter sur les intentions des enseignants, afin de mieux évaluer les besoins de remplacements.
Malheureusement, le délai de notification pose un défi pour anticiper et gérer ces absences, les demandes pouvant arriver à la mi-août. Une mesure permettant de prolonger ce délai aurait pu faciliter la préparation, mais le gouvernement a écarté cette option pour éviter des complications dans d'autres secteurs.
Pénurie de remplaçants
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat Snes-FSU, estime que le ministère aurait dû être plus proactif : "Cela fait plusieurs mois qu’il a été annoncé, ce n’est pas tombé du ciel il y a trois semaines". Promis par Emmanuel Macron en janvier 2024 dans le cadre d’une réforme démographique, ce congé devrait néanmoins engendrer des absences importantes dès septembre. Selon Sophie Vénétitay, les congés de maternité et paternité sont déjà difficiles à gérer, et cette nouvelle mesure pourrait aggraver la situation.
"Ce congé de naissance peut ajouter de la tension, même si les collègues vont faire valoir ce droit de manière très légitime."
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat Snes-FSUà franceinfo







