CHRONIQUE. La proposition de loi "relative au droit à l’aide à mourir" est soumise à un vote essentiel à l’Assemblée nationale ce mercredi. Le philosophe Vincent Coussedière éclaire les discussions entourant ce texte, mettant en lumière notre rapport à la mortalité, un aspect fondamental de notre humanité, ainsi que l'anxiété qu'elle engendre.
Dans le passé, les sociétés humaines avaient développé des systèmes symboliques permettant aux individus de vivre malgré la conscience de leur mortalité. Ces mécanismes pouvaient être désignés comme "culture" et offraient un espace où la vie retrouvait tout son sens, adoucissant ainsi l'angoisse face à la mort. Bien que la mort et la perspective de celle-ci continuent d'être redoutées, on parvenait à cohabiter avec cette réalité, à l'instar d'un dompteur qui s'approche avec courage de la cage d'un tigre.
Mais aujourd'hui, nous semblons avoir perdu ce savoir-faire. Comme l'indique le philosophe Peter Sloterdijk, "philosopher, c'est apprendre à mourir". Ce que l'on pourrait recontextualiser en affirmant que toute culture devrait nous préparer à vivre notre mortalité. Malheureusement, notre époque évite ce sujet, comme si le tigre était absent de sa cage.
Stratégies pour éviter la mort
Nous expérimentons la vie comme si la mort était une chimère. Nous vivons dans un présent perpétuel, où tous les projets semblent accessibles, même avec le poids de l'âge. L'expression "avoir l'avenir devant soi" était jadis réservée aux jeunes mais s'applique désormais à tous, y compris à ceux qui vieillissent. Ce désir de maintenir une jeunesse éternelle est indéniable.
Nous vivons comme si la mort ne devait jamais advenir.
Nous avons, en effet, tendance à ignorer la mort, persuadés que nous n'avons pas besoin d'en être réconfortés. Ainsi, notre culture valorise la vie à tel point que la dimension spirituelle se voit mise de côté. Nous nous efforçons de profiter de chaque instant, excluant la mort de notre champ de vision autant que possible, presque avec succès.
Un besoin de contrôle face à la mortalité
Cependant, cette illusion commence à se fissurer. La peur de la mort, identifiée par Heidegger comme notre angoisse fondamentale, persiste malgré nos efforts pour l'ignorer. Atténuer la souffrance physique et psychologique liée à la transition entre vie et mort à travers les soins palliatifs n'est plus suffisant. La législation concernant le suicide assisté ou l'euthanasie soulève alors des questions sur notre désir de maîtriser le moment de notre mort.
Comme l'évoquait Sartre, un jour viendra où il serait aussi simple de mourir qu'il l'est de s'hydrater. Aujourd'hui, notre objectif est clairement d'éliminer l'angoisse liée à la mort plutôt que de l'apprivoiser.







