Les ingénieurs de Stella Mare mettent tout en œuvre pour repeupler les fonds marins de l’île de Beauté grâce à des juvéniles élevés en laboratoire.
Au cours des dernières semaines, l’équipe scientifique de la plateforme Stella Mare, rattachée à l’Université de Corse, a marqué des points significatifs pour la biodiversité locale. Basés à Biguglia (Haute-Corse), ils ont réussi à faire naître et à élever 5 000 patelles géantes, un mollusque marin protégé qui avait presque disparu des eaux environnantes.
« Cette espèce était autrefois commune dans toute la Méditerranée », souligne Jérémy Bracconi, assistant ingénieur et responsable de ce projet. Aujourd’hui, elle est en danger, ce qui rend les efforts de restauration d’autant plus importants.
Bien que le repeuplement des eaux corses avec ces patelles ne soit pas imminent, l’atteinte du stade juvénile par ces 5 000 spécimens représente un progrès majeur. En effet, lors du lancement du programme en 2022, seulement une centaine de larves avaient pu être produites à partir d’une poignée de géniteurs prélevés en milieu naturel. En 2024, ce chiffre avait légèrement augmenté à 300, mais cette année marque une avancée notable.
« Sur la même surface cette année, nous avons produit 5 000 spécimens viables », se réjouit Bracconi. Cela est le fruit d’améliorations continues dans les techniques d’élevage et du choix rigoureux des géniteurs provenant de zones spécifiques.
500 000 oursins nés en laboratoire relâchés en quelques années
Par ailleurs, un autre projet, lancé en 2013, démontre également des succès. Il y a peu, des plongeurs de Stella Mare ont relâché 70 000 juvéniles d’oursins violets dans le port de Santa Severa (Haute-Corse), dans une zone de 8 000 m². Cette initiative fait partie d’un projet plus large sur la restauration des espèces menacées en Méditerranée.
« Nous avons mis en place un suivi régulier de ce site pendant trois ans », explique Mikaël Demolliens, ingénieur d’étude et responsable de cette opération. Depuis 2017, plus de 500 000 juvéniles d’oursins, issus de laboratoires, ont été réintroduits dans leur habitat naturel, dans le but de restaurer l'équilibre écologique.
Pour éviter la pollution génétique, il est crucial de prélever des géniteurs au sein des mêmes zones où les juvéniles seront relâchés. « Ces données fourniront des informations précieuses aux décideurs pour développer des régulations adaptées à la protection de cette ressource », précise Demolliens.
Cet aspect commercial est également une préoccupation majeure. Les oursins violets sont très prisés sur l'île, mais leur pêche est soumise à un cadre légal strict. Les délais de pêche se réduisent chaque année, rendant ces initiatives encore plus nécessaires pour assurer la pérennité de cette activité économique locale.







