Les récentes fortes crues dans le Sud-Ouest de la France ont profondément perturbé le marché immobilier déjà fragilisé par les aléas climatiques. Dans l'Entre-deux-Mers, des professionnels comme des assureurs, agents ou notaires, modifient leurs méthodes de travail face à cette situation alarmante.
« On avait oublié les risques naturels, » déclare Me Nicolas Mamontoff, notaire à Cadillac, qui évoque les souvenirs d'une grande crue survenue en 1982. Ce dernier souligne que les inondations récurrentes modifient déjà les pratiques sur le marché. Les zones traditionnellement inondables, qui permettaient d'acheter des biens à des prix inférieurs de 11 à 22 %, deviennent de plus en plus problématiques pour les acheteurs potentiels.
L’agence immobilière Laforêt à Langon souligne la difficulté accrue de vendre dans la région post-inondation. Un agent immobilier à La Réole confie : « La situation est dévalorisante pour les biens ; les acheteurs semblent plus frileux face à la menace de nouvelles inondations. » Ces événements récents augmentent la méfiance des acheteurs envers ces zones à risque.

Bouchra Ankour, de l’agence Human immobilier à Cadillac, note que les conséquences de la pandémie et des inondations précédentes ont engendré une chute des prix pour ceux souhaitant vendre. Des pertes d’environ 20 % sont signalées pour certains propriétaires.
Les coûts en augmentation
Les acheteurs dans ces zones risquent également de faire face à des coûts plus élevés en raison des nouvelles charges liées aux assurances et aux impôts. Selon Laforêt, les autorités vont devoir investir dans la rénovation des digues et la réparation des dégâts causés par ces crues, ce qui pourrait augmenter les impôts locaux.
Christophe Duportal, président de l'Observatoire immobilier du Sud-Ouest (Oiso), abonde dans ce sens : « Les zones inondables, en raison de leur historique d'inondations, vont inévitablement perdre de la valeur. » Les prévisions climatiques de l'IPCC indiquent que ces événements deviendront de plus en plus fréquents et violents, un aspect maintenant primordial dans les décisions d'achat.
Impact sur les assurances
Les assureurs eux-mêmes commencent à refuser l'assurance des maisons dans certaines zones, ce qui complique davantage le paysage immobilier local. L'association France Assureurs précise qu'en 2024, les indemnisations pour sinistres d'inondations ont franchi le cap des 5 milliards d'euros. Cela témoigne d'un accroissement significatif de la fréquence et du coût des sinistres liés aux événements climatiques.
En somme, face à des crues qui deviennent presque annuelles, la confiance des consommateurs s’effrite. Me Mamontoff note qu'il est désormais obligatoire de mentionner les risques naturels sur les documents notariés, et de nombreux acheteurs se rétractent au dernier moment.
Le 24 février, plusieurs communes de la région ont été déclarées en état de catastrophe naturelle, soulignant l'urgence de réévaluer les stratégies d’achat immobilier dans cette zone à risque. Les inondations à répétition engendrent une véritable remise en question de l'attrait des maisons en zone rurale.







