Les Journées régionales de l'archéologie se déroulent à Corte, réunissant chercheurs et spécialistes durant deux jours autour des découvertes récentes réalisées sur l'île. Cet événement scientifique met en avant la richesse d'un patrimoine encore largement inexploré.
Les 6 et 7 mars, l'Université de Corse Pascal-Paoli accueille la deuxième édition des Journées régionales de l'archéologie, orchestrée par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Cet événement permet de partager les résultats des fouilles récentes et les avancées des recherches archéologiques en Corse. Selon Laurent Sévègnes, conservateur régional de l'archéologie à la DRAC, « Il existe aujourd'hui une activité archéologique dynamique en Corse. Ces journées en offrent une visibilité précieuse ».
Doctorants et jeunes chercheurs à l’honneur
Lors de la première journée, la plateforme est donnée à une nouvelle génération de chercheurs explorant l'histoire ancienne de l'île. Parmi les présentations, Thomas Camagny discute de l'archéobotanique et de l'économie végétale à l'époque préhistorique, tandis qu'Emma Leszczynski présente ses travaux sur les anciennes structures de combustion. Les fouilles au Castellu di Coscia, dans la vallée de Grossa près de Sartène, sont également abordées, avec Florian Soula qui propose des hypothèses nouvelles sur l'évolution des fortifications corses durant l'âge du Bronze. Ces interventions illustrent la multiplicité des approches scientifiques, allant de l'étude des paysages anciens à l'analyse des structures d'habitat.
La seconde journée offre un panorama des découvertes archéologiques majeures de l'année précédente. Parmi les sites présentés figure la villa romaine de Tacitus à Piede Tignoso, étudiée par Gaël Brkojewitch. Au Cap Corse, une fouille préventive menée par l'INRAP à Meria a également permis de découvrir ce qui pourrait être un ancien débarcadère tardo-antique, présenté par Brice Chevaux. Pour Laurent Sévègnes, ces opérations soulignent l'importance de l'archéologie préventive : « Nous intervenons avant les travaux pour diagnostiquer et fouiller les sites potentiels, puis nous rendons le terrain afin que les constructions peuvent se réaliser ». Chaque année, le service régional d'archéologie effectue ainsi une quarantaine de diagnostics, menant à une dizaine de fouilles préventives.
Une découverte exceptionnelle à Monte
Un des projets notables inclut une fouille sur le site du futur centre de surtri de Monte, à Brancale, où les archéologues ont mis au jour les vestiges d'un village datant du Bronze moyen, autour du 15e siècle avant notre ère. « Nous avons découvert plus de cent cinquante fosses et des dizaines de milliers de fragments de poterie aux formes et décorations encore inconnus », explique Laurent Sévègnes. Cette opération, mobilisant jusqu'à dix archéologues sur trois mois, pourrait transformer notre connaissance des productions céramiques de cette époque. Les analyses en cours chercheront à déterminer si ces objets ont été fabriqués localement ou importés de la péninsule italienne.
Au-delà des découvertes, ces journées visent aussi à faire connaître la discipline archéologique et à enrichir le dialogue avec le public. Hélène Paolini-Saez, archéologue et directrice du Laboratoire régional d’archéologie, interrogée par ICI RCFM, souligne l'intérêt croissant pour cette science. « L'archéologie est une science humaine qui suscite une grande curiosité et permet de mieux saisir les modes de vie des sociétés anciennes », ajoute-t-elle. Selon elle, le patrimoine archéologique de l'île reste largement méconnu : « En scrutant le terrain, on constate que chaque commune renferme un patrimoine insoupçonné ». Cela fait des Journées de l'archéologie « un événement clé pour la diffusion de la recherche archéologique en Corse », permettant aux chercheurs de partager leur travail et au public de découvrir les avancées scientifiques les plus récentes.







