Le président de la chambre d’agriculture de la Vienne veut lutter contre le sentiment d’isolement des agriculteurs confrontés à des difficultés grandissantes. Rencontre.
Cette année, l’absence de bovins au Salon de l’agriculture témoigne des enjeux actuels en agriculture. « Cela illustre les difficultés rencontrées, dues aux choix réglementaires et politiques. La crise de la dermatose nodulaire contagieuse génère des craintes, entraînant des abattages préventifs, ce qui rend les éleveurs hésitants à exposer leurs animaux. »
Est-ce un reflet des préoccupations actuelles ?
« Effectivement. La question de la surcharge réglementaire est persistante. Selon la dermatose nodulaire, une approche plus équilibrée serait de privilégier la vaccination préventive plutôt que des abattages généralisés. »
Il y a eu une forte mobilisation syndicale sur ces sujets. Avez-vous le sentiment d’avoir été entendus ?
« Non, les protocoles demeurent inchangés. Cependant, les récents mouvements incluent des préoccupations plus larges, reflétant des difficultés généralisées dans l’agriculture. Les aléas climatiques exacerbent la situation des grandes cultures, rendant la gestion de plus en plus complexe. Aujourd’hui, les incertitudes menacent les prix, notamment avec la surproduction de lait. »
Êtes-vous inquiet pour un certain nombre d’exploitations ?
« Il est alarmant de constater que de nombreuses exploitations céréalières subissent des déficits depuis trois ans. Le système bancaire et coopératif oscille sur un fil, et une rupture pourrait être catastrophique. Les modèles de polyculture semblent cependant offrir un meilleur avenir. »
Dans ce contexte, constatez-vous des évolutions ?
« Le déséquilibre entre départs à la retraite et installations nouvelles est palpable. Bien que plus d’une centaine de jeunes agriculteurs s’installent chaque année, cela reste insuffisant pour compenser les pertes. »
Y a-t-il une déprise agricole ?
« Effectivement, le nombre d’hectares en jachère augmente chaque année. En passant de 19.000 à 21.000 hectares, certaines exploitations décident de se reconvertir pour éviter des pertes. Les terres hydromorphes, à faible potentiel, sont particulièrement touchées par cette tendance vers la non-cultivation. »
Quelle est la stratégie de la chambre d’agriculture de la Vienne, face à ces problématiques ?
« Nous mettons en place des forums pour aborder les enjeux de l’installation et de la transmission, ainsi que des journées éducatives sur divers sujets agricoles. Un forum des opportunités aura lieu le 5 juin pour dévoiler de nouvelles filières, comme le chanvre et l’olive, en pleine expansion. Notre mission est de favoriser les échanges, d’apporter notre soutien et d’investir dans des initiatives comme l’association Réagir, qui aide les agriculteurs en difficulté. Actuellement, quatre agents sont mobilisés pour soutenir près de 180 dossiers. Dans ce cadre, nous cherchons même à offrir des remises sur nos services particuliers, afin d’accompagner au mieux les agriculteurs désireux de surmonter cette crise. L'isolement est un problème majeur, et cultivons le dialogue est essentiel. »
En chiffres
- 3.373 exploitations agricoles dans la Vienne
- 45 % des fermes dédiées aux grandes cultures
- 761 exploitations ovines et caprines dans le département.







