Un couple résidant en Béarn a été condamné, jeudi 30 avril, pour avoir ouvert un élevage non autorisé de plusieurs espèces de tortues à leur domicile et pour en avoir fait le commerce illégalement. Les investigations ont duré des années avant de révéler cette activité clandestine.
Ils ont été emportés par leur passion. Ce couple béarnais a ainsi comparu devant le tribunal judiciaire de Bayonne pour avoir détenu et vendu illégalement des centaines de tortues d'eau et de terre depuis 2019. Âgés de 51 et 48 ans, ils ont commencé leur élevage à Siros, près de Pau, il y a près de vingt ans, après avoir hérité de tortues de leurs parents. Ils se sont alors lancés dans la reproduction d’espèces de tortues classées comme protégées ou invasives, utilisant des incubateurs, et ce, sans jamais respecter la réglementation.
Les prévenus ont reconnu avoir perdu le contrôle de leur petite entreprise.
"Il y a vingt ans, cela semblait trop compliqué de s’enregistrer. Nous avons été dépassés",ont-ils déclaré au tribunal. Ils ont commencé à donner des tortues, puis à les vendre via des annonces en ligne.
"Vous livriez des tortues dans des cartons sur des parkings, sans savoir ce que devenaient les animaux par la suite",a rétorqué la juge.
Enquête complexe et usurpation d'identité
Une enquête réalisée par l’Office Français de la Biodiversité et la gendarmerie, coordonnée par le Pôle régional environnement du parquet de Bayonne, a permis de découvrir 94 tortues d'Hermann, 77 tortues bordées, et d'autres espèces à leur domicile. Ils avaient mis en place un véritable stratagème pour dissimuler leur activité, changeant d'adresse IP et usurpant l'identité d'une autre personne pour échapper à la justice, selon Le Parisien.
"On s’est caché, on savait qu’on risquait le tribunal",ont avoué les prévenus. Le mari, qui est CRS dans la police nationale, a mal vécu son placement en garde à vue.
"Je ne voulais pas laisser cet héritage à mes enfants, je préfère qu’on nous retire tout",a-t-il déclaré, soucieux des conséquences pour sa famille.
Les enjeux écologiques d'un élevage illégal
L’épouse, quant à elle, était en larmes à l'idée de ne plus voir naître de bébés tortues, soulignant que cet élevage était sa raison d'être. L’avocate de l’association Hegalaldia a souligné les dangers écologiques de cette pratique :
"Ce trafic met en danger des espèces protégées avec un risque de consanguinité et de contamination génétique dans la nature",a-t-elle déclaré. De son côté, l’avocat de la Sepanso a averti que
"la tortue d’Hermann n’a rien à faire dans le Béarn, où le climat est trop rigoureux pour elle".
La procureure a proposé que la peine soit suspendue sous la condition que le couple remette les tortues à une structure spécialisée.
"Vous avez joué aux apprentis sorciers",a-t-elle insisté, tout en craignant que les prévenus ne comprennent pas la gravité de leurs actes. À l'audience, leur avocat a défendu qu’ils n’avaient pas profité financièrement de cette activité, ne tirant que 3 000 à 4 000 euros sur cinq ans de leurs ventes.
Le tribunal a déclaré le couple coupable et leur a ordonné de remettre au moins 87 tortues à une organisation de protection animale avant le 29 octobre, date à laquelle leur peine sera déterminée.
Ils devront en outre verser 2 000 euros de préjudice économique et 1 500 euros de préjudice moral à chacune des associations porteuses de l'action.







