Lors de son procès à Amiens, Nicolas Deprez, accusé d'avoir tué sa femme Fatiha Mahdi le 3 mars 2023, a été confronté à une vidéo troublante qui a marqué un tournant décisif. Pour la première fois depuis le début des débats, il a laissé transparaître des émotions et a reconnu la préméditation de son acte. Cette vidéo, d'une durée de 25 minutes, a été enregistrée juste avant le meurtre et y montre Deprez parlant de son épouse dans des termes troublants, alimentant ainsi les suspicions sur un adultère.
Dans cette vidéo, l'accusé se filme et explique : "Je fais cette vidéo pour expliquer mon geste, en aucun cas pour l’excuser." Confronté à ses propres mots, il exprime une profonde colère en évoquant sa perception d’une trahison, persuadé que Fatiha le trompait. "Un triangle amoureux chez les musulmans... ça ne peut que mal finir", déclare-t-il, qualifiant l'infidélité de "faute grave" et reliant ses pulsions meurtrières à ce qu'il appelle une "haine qui remplace l’amour".
Tout au long de la vidéo, Deprez présente des captures d’écran de conversations échangées avec Fatiha, qui l’appelait "mon cœur" malgré leur rupture. L'enquête a révélé que Fatiha avait déjà porté plainte pour violences et harcèlement, devenant victime de son mari, qui avait reçu une interdiction de contact neuf jours avant le meurtre.
Des émotions troublantes dévoilées
Après la diffusion de la vidéo, l'accusé semble vaciller, exprimant enfin des regrets. "Je me dis : 'T'as tué ta femme...' Je suis un connard égoïste. Son père, il est vraiment affecté, ce n'est pas du cinéma," confie-t-il, tentant de se justifier. Malgré ces propos, les parties civiles et l'avocate générale Véronique Parent demeurent sceptiques, l'accusant d'incohérences, notamment sur son incapacité à divorcer malgré ses accusations de trahison.
Dans un moment poignant, la cour a pu voir une autre facette de Deprez, plus vulnérable et tourmentée. "C’est hard. Je me suis refait le film...", a-t-il avoué, se laissant submerger par les émotions. Cependant, ses discours contradictoires sur Fatiha et la brutalité de ses courriers à l’encontre des victimes laissent planer des doutes sur sa sincérité.
La tension monte au tribunal
Le président de la cour, Philippe Damulot, s'est montré vivement agacé par l'attitude et les paroles de Deprez, l’interrogeant sur ses écrits provocateurs et ses jugements hâtifs sur les femmes. "Quand on vous lit, toutes les femmes sont infidèles", s’est-il insurgé, rappelant à l’accusé son obsession pour des schémas simplistes qui nuisent à la compréhension de son cas.
Malgré ce climat de tension, l'avocate générale a réaffirmé la nécessité de reconnaître la liberté de Fatiha dans ses choix de vie, insistant sur le fait qu'elle avait le droit de nouer des relations en dehors de leur mariage. "Et j'espère même qu'elle a été heureuse avec un autre homme que vous," a-t-elle conclu, rappelant la gravité des événements ayant conduit à ce procès.







