« Je pense que c’est un peu trop tôt pour le dire, mais en tout cas, on n’est pas dans un scénario, aujourd’hui, où l’on parle de récession, mais de ralentissement de la croissance », déclare Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez BDO France et professeure d’économie à la Sorbonne, dans un entretien accordé à La Matinale. Face à une croissance française stagnante, atteignant 0 % au premier trimestre selon l’INSEE, Alsif souligne les causes profondes de ce phénomène, notamment une consommation des ménages en berne et un contexte international incertain.
Dans les derniers chiffres publiés par l'INSEE, la croissance du premier trimestre se révèle être nulle, s'éloignant de l'objectif gouvernemental de 0,9 % pour 2026. Cette situation s’aggrave avec les répercussions potentielles du conflit au Moyen-Orient. Anne-Sophie Alsif explique que la consommation des ménages est un facteur clé de cette situation. En effet, elle représente plus de 60 % de la contribution à la croissance. Cette contribution a été freinée par l’inflation, particulièrement due à la hausse des prix de l’énergie, touchant en premier lieu les ménages à faibles revenus. "La hausse des prix des carburants a un impact direct sur la capacité des ménages à consommer", note Alsif.
Roland Lescure, ministre de l’Économie, semble minimiser cette situation, affirmant qu’il n’y a pas de raison de modifier les prévisions économiques. "Tout dépend de la durée du conflit", répond Alsif, soulignant que les conséquences sur les ménages et l’investissement des entreprises seront significatives, en particulier pour les industries sensibles aux coûts énergétiques. Le Monde indique également que les perspectives économiques s'assombrissent avec un conflit prolongé.
Concernant le prix du pétrole, Anne-Sophie Alsif estime qu'atteindre 150 dollars le baril est envisageable si les tensions persistent. "La situation du détroit d’Ormuz est cruciale pour l’approvisionnement énergétique mondial", prévient-elle. En effet, la croissance en Asie, moteur de l'économie mondiale, pourrait être impactée de manière significative.
En ce qui concerne l'inflation, les chiffres actuels indiquent une hausse à 2,2 %, soit un écart par rapport aux 0,3 % observés en janvier. "Nous ne sommes pas dans une situation extrême, même si l'inflation énergétique demeure problématique", note Alsif. Frappés par des comparaisons avec la zone euro, elle souligne que la France bénéficie d'un mix énergétique favorable grâce à son parc nucléaire, offrant une protection contre l’inflation.
Elle conclut en affirmant qu'il est essentiel de poursuivre les efforts pour une transition énergétique durable, positionnant ainsi la France comme un leader en matière de décarbonation au sein de l'Europe. Ce défi sera crucial pour le pouvoir d’achat des ménages et la souveraineté énergétique du pays. Les crises énergétiques étant une réalité récurrente, Alsif préconise une stratégie proactive pour assurer un avenir économique stable.







