Liz Benz était convaincue que la voix désespérée au bout du fil était celle de son fils de 16 ans. Il s'agissait en réalité d'une voix artificielle produite par l'intelligence artificielle, faisant d'elle une nouvelle victime des arnaques d'usurpation d'identité.
L'intelligence artificielle, en pleine évolution, brouille les lignes entre fiction et réalité, donnant aux cybercriminels des outils sophistiqués pour cloner des voix, leur permettant ainsi de tromper leurs cibles en se faisant passer pour des proches.
Liz est réveillée en sursaut par un appel d'un numéro inconnu. Tout dans cette voix - le ton, les intonations, la cadence - lui semble familier, comme celui de son fils, Fred. Son interlocuteur, prétendant être son fils, l'informe qu'un de ses amis a été tué et qu'il est retenu en otage après être sorti pour un match de football.
On lui demande d'apporter de l'argent dans un magasin proche pour payer le ravisseur. C'est seulement après avoir reçu un selfie de Fred souriant lors du match qu'elle réalise qu'il s'agissait d'une arnaque. "Rien n'aurait pu me convaincre qu'il s'agissait d'une arnaque, jusqu'à ce que je voie mon fils avec mes propres yeux," explique avec une voix tremblante cette courtière en assurance de 46 ans, mère de six enfants. "C'étaient vingt minutes de terreur."
- "N'importe qui peut le faire" -
Les autorités américaines ainsi que les organismes de défense des consommateurs s'alarment de la hausse des escroqueries exploitant l'identité de proches. En avril, le FBI a révélé que les citoyens américains ont subi des pertes de plus de 893 millions de dollars (767 millions d'euros) l'année passée, à cause de fraudes alimentées par l'intelligence artificielle.
Une simple recherche sur Internet permet de dénicher divers outils de clonage vocal, certains même gratuits, capables de créer des imitations réalistes en utilisant parfois seulement quelques secondes de la véritable voix d'un individu. Brian Long, directeur général d'Adaptive Security, souligne : "Avant, c'était relativement complexe de produire ce genre d'escroqueries. Maintenant, n'importe qui peut y parvenir en un rien de temps."
Comme il le précise, un individu isolé dans une pièce avec un ordinateur peut concevoir un nombre infini d'attaques. Ces outils permettent également de rédiger des scripts complets à partir d'extraits audio récupérés sur les réseaux sociaux ou des messages vocaux.
L'histoire de Liz Benz illustre un scénario classique : un appel urgent d’un proche en détresse - arrêté, impliqué dans un accident ou un acte criminel - et qui réclame de l'argent. Les arnaqueurs exploitent la situation en jouant sur la pression en utilisant des voix censées être celles d'avocats, de greffiers ou de représentants bancaires.
- "Voix paniquée" -
La plupart des appels n'ont même pas besoin d'une imitation vocale parfaite. Amit Gupta, de l'entreprise de cybersécurité Pindrop, explique que "une voix affolée disant +Maman, aide-moi+ ou +Papa, j'ai eu un accident+ n'a besoin d'être réaliste que pendant quelques secondes." Le but n'est pas de reproduire exactement la voix, mais de créer une incertitude émotionnelle et un sentiment d'urgence qui poussent les victimes à agir sans vérifier.
Les personnes âgées sont particulièrement exposées à ces escroqueries, avec une augmentation alarmante des cas d'"arnaques aux grands-parents." Gary Schildhorn, âgé de 73 ans, a lui aussi subi une telle arnaque en 2020 et souligne : "Les escrocs sont des professionnels, tandis que ceux qu'ils appellent ne sont souvent pas préparés." En 2023, cet avocat de Philadelphie a témoigné devant le Sénat de son expérience tragique, où il a été dupé par une voix semblant être celle de son fils, qui demandait de l'argent pour une caution après une arrestation pour conduite en état d'ivresse. Eric, son fils, l'a appelé juste après pour l'avertir : "Tu t'es fait avoir!". Gary a répondu avec émotion : "Brett, même dans ma tombe, je jurerais que c'était ta voix."







