Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aspire à transformer son pays en une "super-Sparte" du Moyen-Orient, mais le coût exorbitant des conflits armés ne cesse d'alourdir le budget de la défense, mettant en péril les investissements dans l'éducation et la santé.
Le conflit déclenché le 7 octobre 2023 par l'attaque inédite du Hamas a déjà généré une facture de 405 milliards de shekels (environ 120 milliards d'euros), selon les chiffres du gouverneur de la banque centrale israélienne, Amir Yaron.
"C'est un chiffre colossal, représentant plus de 17% du PIB", a-t-il déclaré lors d'un récent colloque économique à Herzliya, au nord de Tel-Aviv.
La campagne militaire contre l'Iran, lancée suite à l'attaque américano-israélienne sur Téhéran en février, a engendré des coûts supplémentaires évalués à 35 milliards de shekels (10,5 milliards d'euros) jusqu'à l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril, selon le ministère des Finances.
À la fin mars, après l'adoption de la loi de finances 2026, le gouvernement a souligné que le budget du ministère de la Défense avait plus que doublé depuis le début du conflit.
Pour soutenir l'effort militaire, Israël a massivement emprunté sur les marchés internationaux, au point que la dette publique a grimpé à plus de 69% du PIB, contre 60% avant la guerre, selon le Trésor. Les impôts et les prélèvements sociaux ont également été augmentés.
- "Économie du traumatisme" -
Esteban Klor, professeur d'économie à l'Université de Jérusalem, explique à l'AFP que les Israéliens "paient deux fois" pour cette guerre.
Il souligne que la première façon de payer se manifeste par la réduction des dépenses sociales et des investissements dans les services publics, conséquence de plusieurs coupes budgétaires, alors même que la dette continue d'augmenter.
"L'éducation en souffrira, la qualité des infrastructures va diminuer, tout comme celle du système de santé", ajoute-t-il.
La seconde manière est liée à la mobilisation continue de milliers de réservistes depuis l'attaque du Hamas. "Beaucoup de nos actifs sont concentrés dans l'armée, affectant ainsi la production", souligne Klor.
Une enquête de l'Institut israélien pour la démocratie (IDI) révèle que 31% des interrogés constatent une baisse de leurs revenus depuis le 7 octobre, un phénomène particulièrement sévère pour les indépendants et les travailleurs les plus précaires.
L'économie israélienne a cependant rapidement réagi au choc de la guerre, le PIB ayant atteint dès 2024 son niveau de 2022, avec une croissance prévue de 2,9% en 2025.
Malgré cela, Tamar Levi-Boneh, codirectrice du budget, met en garde contre une "économie du traumatisme", où le choc du 7 octobre et le ressentiment de l'échec militaire conduisent à des demandes incessantes de budgets accrus pour garantir la sécurité.
- "Supériorité écrasante" -
"L'appareil sécuritaire doit apprendre à gérer ses besoins sans compromettre le niveau de vie et assumer ses responsabilités", a-t-elle affirmé.
De son côté, Netanyahu semble soutenir une vision complètement contraire, affirmant en septembre que la seule voie pour Israël était de devenir une "super-Sparte", en référence à cette cité grecque militariste.
En mai, il a donc confirmé son intention d’investir 350 milliards de shekels (plus de 100 milliards d'euros) au cours de la prochaine décennie dans l'industrie de défense nationale pour garantir une "supériorité aérienne écrasante".
Esteban Klor avertit que "le budget de la Défense pourrait dépasser les 10% du PIB", et insiste sur la nécessité d'un retour à des niveaux de dépenses plus accessibles.
Les inégalités en Israël sont parmi les plus marquées des pays développés, et le conflit n'arrange pas les choses. D'après les dernières données de la Sécurité sociale israélienne, la proportion d'enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté est passée de 27,6% à 28% entre 2023 et 2024.







