Des membres de la communauté haïtienne à Miami ont exprimé leur indignation face à la décision "injuste" de la Cour suprême des États-Unis, qui permet à l'administration Trump de retirer le statut de protection temporaire (TPS) à environ 350.000 Haïtiens. Ce statut est crucial alors que la violence des gangs fait rage en Haïti.
"Retourner chez nous n'est pas une option. Ils savent quelles conditions nous attendent là-bas. C'est extrêmement injuste", a déclaré Kassoumie, une femme haïtienne de 35 ans bénéficiant du TPS, qui préfère garder l'anonymat par crainte de représailles. Selon elle, la perspective de devoir retourner en Haïti est profondément troublante.
Jeudi, la Cour suprême, majoritairement conservatrice, a donné un coup de pouce à l'administration Trump dans sa stratégie d'expulsions massives d'immigrants en validant la suppression du TPS pour les Haïtiens et 6.000 Syriens.
Le statut TPS, accordé provisoirement, vise à protéger les immigrants face à des conditions insurrectionnelles ou catastrophiques dans leur pays d'origine. À Miami-Dade, où résident environ 110.000 Haïtiens, cette décision a créé un climat d'incertitude et d'angoisse.
"Je n'ai personne ici, je dois payer mon loyer et je suis dans l'ignorance totale quant à mon avenir. La peur m'accompagne en permanence, même des palpitations", témoigne Kassoumie, qui a quitté Haïti en 2018 et a obtenu le TPS trois ans plus tard. "Pour moi, la vie c'est de travailler et de rentrer chez moi chaque soir", ajoute-t-elle, soulignant la difficulté de ses nouveaux défis à Miami.
- Une lutte pour la survie -
Des élus haïtiens en Floride se sont réunis récemment pour dénoncer cette décision de la Cour suprême et ont appelé le Sénat à voter un projet de loi visant à prolonger le TPS des Haïtiens jusqu'en 2029. Vanessa Joseph, présidente d'un réseau d'élus haïtiens, a déclaré lors d'une conférence de presse à Little Haïti que ce moment est éprouvant pour la communauté.
Les familles sont plongées dans l'angoisse et à la recherche de réponses, a rapporté Thamara Labrousse, responsable de l'ONG Sant La, dédiée à l'aide de la communauté haïtienne. "Elles s'interrogent : vais-je perdre mon emploi ? Mes enfants pourront-ils continuer à aller à l'école ? Ces questions sont cruciales pour leur survie quotidienne", a-t-elle affirmé, insistant sur leur réalité désespérée.
Les bénéficiaires du TPS sont fortement intégrés dans la société américaine. Thamara Labrousse souligne qu'ils occupent des rôles variés, tels que propriétaires d'entreprise, ouvriers du bâtiment et travailleurs essentiels.
Haïti, le pays le plus pauvre des Amériques, est en proie à la violence croissante des gangs, qui se livrent à des meurtres, viols, pillages et enlèvements. Kassoumie en a directement souffert.
Sa vie aisée en Haïti l'a rendue vulnérable face à ces bandes qui, durant des mois, l'ont harcelée et ont vandalisé son domicile, la poussant à émigrer. En décembre dernier, des membres de ces groupes ont agressé sa mère, qui est décédée quelques mois plus tard à cause de ses blessures.
Aujourd'hui, avec l'annulation du TPS, elle ressent une douleur lancinante à l'idée de devoir repartir de zéro après tant de sacrifices réalisés aux États-Unis.







