Dans une interview exclusive accordée à Valeurs actuelles, le président hongrois Tamás Sulyok, âgé de 70 ans, a exprimé ses préoccupations concernant le climat politique actuel en Hongrie, en particulier les tensions avec le nouveau Premier ministre, Péter Magyar. Ce dernier, récemment élu avec une majorité, a mis pressions sur Sulyok pour qu'il démissionne avant la fin de son mandat, une situation que Sulyok qualifie de « grave » et de « historique » pour l’État de droit en Europe.
Valeurs actuelles a rencontré le président au palais Sándor à Budapest, où il a évoqué le défi politique lancé par Magyar, qui l'accuse d'être « indigne » de représenter l'unité nationale. Sulyok a réfuté ces accusations, arguant que la Constitution hongroise protège son mandat contre toute tentative de destitution pour des raisons politiques.
« En Hongrie, le président n’a pas de pouvoir exécutif et agit indépendamment, servant de contre-pouvoir », a expliqué Sulyok. Il souligne que seule la Cour constitutionnelle peut mettre fin à son mandat, et uniquement pour des raisons juridiques précises telles que la violation de la loi fondamentale.
En réponse aux menaces de Magyar d'amender la Constitution pour faciliter sa destitution, Sulyok a déclaré : « C'est sans précédent en Europe qu'un Premier ministre cherche à destituer un président en fonction pour des raisons politiques. Je considère cela comme une attaque directe contre notre Constitution, adoptée en 1990 après la chute du communisme. »
Interrogé sur l'opposition entre son rôle et les accusations de Magyar, il a noté : « Appeler un président marionnette est une attaque non seulement personnelle, mais dénote un manque de respect pour l'institution qu'il représente. » Il a également affirmé que son silence sur certaines controverses gouvernementales n'était pas une approbation, mais un respect des procédures judiciaires en cours.
Sulyok a rapidement saisi la Commission de Venise, organe consultatif européen, pour examiner cette situation exceptionnelle. « Je leur ai demandé un processus accéléré, car cela pourrait avoir des répercussions non seulement sur la Hongrie, mais aussi sur toute l'Europe », a-t-il précisé.
Un retour en arrière pour la démocratie ?
Il a exprimé des inquiétudes quant à la portée de ces événements pour la démocratie en Hongrie. Néanmoins, il reste ferme dans la nécessité de respecter le cadre constitutionnel : « La démocratie doit s'accompagner de freins et de contrepoids institutionnels. La popularité d’un parti ne devrait pas justifier de renverser l'ordre constitutionnel en place. »
Alors que les tensions politiques persistent, Sulyok insiste sur l'importance d'une communication respectueuse et d'une compréhension mutuelle entre les différents acteurs politiques pour garantir la stabilité de la Hongrie. « Attendre l'avis de la Commission de Venise avant d'agir serait un signal fort en faveur de l'État de droit », conclut-il.







