En dépit des mauvais temps et des interdictions gouvernementales, des convois de tracteurs de la Coordination Rurale (CR) s'efforcent d'atteindre Paris pour faire entendre leurs revendications. Eloi Nespoulous, président de la section Occitanie de la CR, a déclaré : "Nous viendrons coûte que coûte pour crier nos revendications".
Le syndicat, qui se singularise par ses actions vigoureuses, espère faire entendre ses doléances devant des institutions emblématiques de la capitale, même si cela pourrait entraîner des interpellations. "L’objectif est d'alerter les parlementaires sur nos préoccupations", a précisé Bertrand Venteau, président de la CR, qui souhaite que cela se fasse de manière pacifique.
Mercredi soir, on comptait plusieurs dizaines, voire centaines de tracteurs positionnés aux abords de Paris, tandis que la police a identifié au moins une centaine de ces engins dans des départements voisins.
Les tracteurs auront la possibilité d'entrer dans Paris, bien que cela se fasse en dehors des zones sensibles, comme l’Élysée ou Matignon, suite à un arrêté de la Préfecture de police de Paris. Des incidents ont été signalés, mais n'ont pas réussi à freiner la détermination des agriculteurs.
Les principaux motifs de cette mobilisation incluent l'opposition à l'accord de libre-échange entre l'UE et les pays du Mercosur, ainsi qu'une critique du traitement par l'État de l'épizootie de dermatose nodulaire bovine. Cette situation a exacerbée la colère au sein du milieu agricole, notamment dans le Sud-Ouest, un fief historique de la CR.
La CR a également mené des actions significatives dans d'autres régions, comme en Gironde où des agriculteurs ont bloqué un dépôt pétrolier. "Nous faisons face à une précarité croissante, à des changements climatiques et à une surproduction", a déclaré un agriculteur local, soulignant les défis du secteur.
Concurrence déloyale et attentes des agriculteurs
Depuis l'hiver 2024, les agriculteurs exigent des simplifications administratives et un assouplissement des normes considérées comme trop contraignantes et créant une concurrence déloyale. Ni la loi d'orientation agricole adoptée début 2025 ni les promesses de sensibilisation des autorités n'ont encore convaincu les acteurs du secteur.
Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a exprimé des réserves sur la gestion actuelle du syndicat, accusé de complicité avec le gouvernement. En réaction, le Premier ministre a promis des mesures concrètes d'ici la fin de la semaine. "Nous espérons une véritable avancée", a mentionné Edouard Legras, vice-président de la CR, insistant sur la nécessité de réformer le système actuel.
Le sujet phare de discorde reste l'accord commercial UE-Mercosur, dont la ratification imminente pourrait intensifier la protestation, selon divers experts agricoles. Les craintes tournent autour des conséquences de cet accord sur la compétitivité des exploitations françaises.
Face à ces enjeux, des discussions vont se poursuivre au sujet de la Politique Agricole Commune (PAC) et de la taxation européenne sur les engrais. Emmanuel Macron a promis des ajustements concernant cette taxe pour alléger le poids sur les agriculteurs. Les revendications se multiplient alors qu'une multitude d'actions locales sont également programmées.
Certaines voix, comme celle de Thierry Murat, agriculteur dans la région, soulignent qu'"il est crucial que les décisions prises à Paris prennent en compte la réalité du terrain". La mobilisation actuelle illustre plus que jamais les tensions persistantes entre le monde agricole et les décisions politiques.







