Tripoli (AFP) – Mouayed Zabtia, un réalisateur passionné, a décidé de relancer le cinéma en Libye depuis son studio improvisé à domicile. Dans un pays où les salles de cinéma ont disparu, il espère redonner vie à un art culturellement abandonné.
Avant l'ascension de Mouammar Kadhafi au pouvoir en 1969, Tripoli abritait plus de vingt cinémas. Aujourd'hui, ces lieux de culture sont devenus inexistants, forçant les Libyens à voyager à l'étranger pour se plonger dans des films sur grand écran. "Il n'y a plus de salles", déplore M. Zabtia, soulignant la lente érosion du paysage cinématographique.
Depuis la chute de Kadhafi en 2011, le pays est plongé dans un climat d'instabilité, avec des gouvernements rivaux supervisant différentes régions, ce qui complique encore plus la renaissance culturelle. L'absence de soutien gouvernemental a été une véritable entrave pour les artistes qui cherchent à tirer parti de la liberté retrouvée.
Malgré ses espoirs initiaux de revitaliser l'industrie du cinéma, Mouayed Zabtia a constaté que l'indifférence des pouvoirs en place persiste. "Le problème, c'est le désintérêt de tous les gouvernements depuis 2011", déclare-t-il. Depuis sa jeunesse, Zabtia nourrit le rêve de devenir cinéaste, s'inspirant de ses souvenirs de visionnage de films sur VHS. Il a créé sa propre société de production en 2001.
Pour le moment, sa société se concentre sur des projets commerciaux, y compris des vidéos de mariage et des publicités. Dans la chaleur tamisée de son studio, il supervise chaque aspect de son nouveau film, "1986", qui plonge dans les luttes de la jeunesse libyenne des années 1980 face à la oppression. Le film s'inspire de faits réels, notamment l’histoire de Ahmed Fakroun, un chanteur dont l'œuvre a été étouffée par une censure sévère.
Les obstacles contemporains à la production cinématographique vont au-delà de la censure officielle. Il se heurte à des défis sociaux et culturels dans une société très conservatrice. Les talents féminins, en particulier, se cachent souvent par crainte de backlash, rendant difficile toute narration qui les inclurait. "Nous avons tant de voix féminines talentueuses qui n’osent pas se mettre en avant", ajoute-t-il.
Néanmoins, il reconnaît que quelques œuvres ont percé la barrière de l'indifférence, comme "Freedom Fields" de la Libyo-Britannique Naziha Arebi, présenté au Festival de Toronto, et "Donga" de Muhannad Lamin, qui a été projeté au Festival d'Amsterdam. Ces succès, bien que minoritaires, insufflent un nouvel espoir dans le paysage cinématographique libyen.
Mouayed Zabtia voit une lueur d'espoir dans les plateformes de streaming comme Netflix et Amazon Prime, qui pourraient propulser le cinéma libyen sur la scène mondiale. Bien qu'elles soient souvent critiquées pour nuire aux salles de cinéma, leur modèle pourrait permettre aux productions locales de briller au-delà des frontières, attirant ainsi l'attention dont elles ont désespérément besoin.







