Le 1er février prochain, la création de l'IGPN de la pénitentiaire, connue sous le nom d'IGAP, marquera une étape importante pour renforcer la lutte contre la corruption dans les établissements pénitentiaires. RTL a eu l'opportunité d'assister à l'une des premières sessions de formation, dédiée à la détection et à la prévention de ce phénomène souvent sous-évalué. Ces formations, en partenariat avec l'Agence française anti-corruption, ont été mises en place par le ministre Gérald Darmanin, dans le cadre d'une lutte ciblée contre la montée du narcotrafic en détention.
Dans une salle située près de Fleury-Mérogis, la plus grande prison d'Europe, treize directeurs d'établissements pénitentiaires d'Île-de-France suivent une formation dispensée par cinq formateurs experts. Cette initiative, la quatrième de ce type depuis son lancement, repose sur une analyse approfondie menée par Henry de Sacsé, responsable du département des acteurs étatiques à l'AFA. Selon ses recherches, l'administration pénitentiaire est "structurellement" la plus exposée aux risques de corruption. Entre 2021 et 2023, la moyenne des agents condamnés s'élève à 2,2 pour 10.000 agents, un chiffre alarmant comparé à 0,4 pour la police ou 0,1 pour la gendarmerie.
Cette situation est d'autant plus préoccupante dans un contexte de forte tension liée à une augmentation du narcotrafic. "Il est essentiel de protéger nos agents, qui sont plus vulnérables que d'autres fonctionnaires," souligne Marie-Line Hanicot, cheffe de la Mission de contrôle interne de la direction de l'administration pénitentiaire.
Une affaire de corruption amoureuse
Au cours de la formation, un directeur de prison, souhaitant garder l'anonymat, partage une expérience marquante : "Dans le précédent établissement où j'étais, une affaire liée à une corruption amoureuse s'est produite. Trois jeunes surveillantes ont été manipulées par un détenu, un soi-disant 'beau gosse de banlieue'. Il a réussi à leur faire introduire des objets interdits en prison." Selon l'AFA, 61 % des cas de corruption en prison visent l'introduction de téléphones portables, et 41 % concernent des stupéfiants.
Le directeur explique que les surveillantes étaient devenues des cibles vulnérables à cause de leur isolement social et de leur situation budgétaire précaire. Marie-Line Hanicot abonde dans son sens, informant que l'isolement des jeunes professionnels dans les établissements les rend davantage exposés à ce type de manipulation. La formatrice suggère d'intégrer des discussions sur la déontologie dans la formation des stagiaires, afin de leur permettre de s'exprimer sur d'éventuelles approches corrompues.







