Genève (AFP) – La justice suisse a décidé, ce vendredi, de libérer Jacques Moretti, le propriétaire français du bar de Crans-Montana en proie aux flammes, offrant des raisons à l’indignation croissante des familles des victimes de ce drame ayant causé 40 pertes humaines au Nouvel An. Les proches des victimes se sentent trahis, voire déshonorés, comme l'a fait savoir Me Jean-Luc Addor, avocat d'une famille touchée, qualifiant cette décision de « scandale et honte ».
Le tribunal du canton du Valais a annoncé qu'il a levé la détention provisoire de Moretti, après que celui-ci a versé une caution de 200.000 francs suisses (environ 215.000 euros). Malgré cette libération, le tribunal a imposé des restrictions, telles que l'interdiction de quitter la Suisse et l'obligation de se présenter quotidiennement à la police. Le copropriétaire, Jessica Moretti, elle aussi mise en cause, a immédiatement recouvré sa liberté.
Jacques Moretti, âgé de 49 ans et d’origine corse, fait face à de sérieuses accusations dans le cadre de l’enquête qui a suivi la tragédie. L'absence de considération sur le risque de collusion ou de fuite, soulevée par plusieurs avocats, est préoccupante. Me Romain Jordan, avocat d’une famille touchée, a exprimé son inquiétude quant à la préservation des preuves, tandis que les défenseurs du couple ont souligné que « tout prévenu est présumé innocent » jusqu'à preuve du contraire.
Indignation et souffrance partagées de l'autre côté des Alpes
La colère s’est même manifestée à l’échelle internationale, atteignant l'Italie, où plusieurs victimes avaient leurs origines. Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani s'est dit « sans voix » face à cette décision et l'a qualifiée d’« affront » pour les familles en deuil. Pour Me Christophe De Galembert, représentant le père d’un enfant décédé, cette libération est « inattendue et sidérante ».
Les accusations contre les époux Moretti incluent « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». L'incendie, qualifié de tragique, aurait été causé par des étincelles de bougies « fontaine », entraînant l'embrasement d'une mousse insonorisante au plafond du bar.
Les investigations doivent éclaircir les circonstances exactes de l'incendie et évaluer le respect des normes de sécurité par les propriétaires. Il a été révélé que la commune de Crans-Montana n'a pas effectué de contrôles de sécurité dans l’établissement depuis 2019, une lacune qui pourrait avoir des conséquences lourdes pour les responsables.
Aujourd'hui, parmi les 116 blessés, 70 restent toujours hospitalisés, dont un nombre significatif à l'étranger (Allemagne, Belgique, France et Italie), ce qui souligne l'ampleur de ce drame. Les familles des victimes attendent justice et clarté dans cette affaire, alors que les avocats prévoient d'autres audiences pour faire entendre leurs voix.
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