Londres (AFP) – Des comptes alignés sur le Kremlin s'emparent d'une nouvelle vague de documents concernant Jeffrey Epstein, le sex offender notoire, pour propager des allégations infondées contre l'Ukraine ainsi que sur une prétendue traite d'enfants. C’est ce que révèle une enquête conjointe de l'AFP et de l'Institut pour le dialogue stratégique (ISD) publiée récemment.
Depuis le début du conflit, la Russie a été accusée par des sources ukrainiennes d'avoir déplacé ou déporté près de 20 000 enfants ukrainiens, prétendant qu'ils étaient évacués pour leur protection. Parallèlement, en 2023, la Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt contre Vladimir Poutine pour la "déportation illégale" de ces enfants depuis les zones occupées en Ukraine.
Des millions de documents rendus publics le 30 janvier ont révélé des liens avec Epstein, un financier américain retrouvé mort en prison en 2019 avant son procès pour crimes sexuels sur mineurs. Cette publication a entraîné une prolifération d'affirmations mensongères, y compris l'idée que l'Ukraine serait un point névralgique pour la traite sexuelle. Certains affirmations suggèrent même que Vladimir Poutine aurait agi pour sauver des enfants ukrainiens de réseaux liés à Epstein.
Une récente publication sur le réseau social X, qui a suscité plus de trois millions de vues, a soutenu que les fichiers Epstein prouvaient que Poutine n’avait pas enlevé d’enfants mais les avait évacués pour les protéger d'une exploitation sexuelle. Les données fournies par l'ISD montrent une explosion de 15 000 publications sur X liées à ce sujet, juste après la divulgation des dossiers.
Bien qu'il n'y ait pas de preuves solides que l'État russe orchestre ces messages, la diffusion de ces contenus semble correspondre à ses intérêts idéologiques. Selon Liana Sendetska, l'une des auteurs du rapport, il s'agit d'une stratégie pour envahir l'espace médiatique et observer comment certaines idées résonnent.
L'ISD a observé plus de 150 000 publications sur X entre septembre 2024 et août 2025 dépeignant l'Ukraine comme un épicentre de trafic d'enfants, un récit renforcé par des politiques au Royaume-Uni et en Europe, incluant des eurodéputés. La plateforme Urban Scoop, fondée par l'activiste d'extrême droite Tommy Robinson, a aussi participé à cette dynamique en diffusant des allégations sans fondement sur la traite d'enfants en Ukraine.
Olga Tokariuk, coautrice du rapport, souligne que le soutien indéfectible du Royaume-Uni à l'Ukraine en fait une cible privilégiée pour de tels récits mensongers.







