Prisons vigoureusement gardées par des serpents venimeux et promesses de primes pour éliminer des criminels... La présidentielle péruvienne de cette année voit les candidats s'affronter sur une ligne sécuritaire à l'image d'une criminalité qui ne cesse d'augmenter, avec des actes d'extorsion et des assassinats devenus presque banals.
Pour la première fois depuis trois décennies, la lutte contre le crime organisé est au cœur d'une campagne tristement éclatée, marquée par un impressionnant nombre de 35 candidats en lice, et la perspective d'élire un neuvième président en moins de dix ans.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les homicides ont grimpé, passant d'un millier en 2018 à plus de 2 600 en 2025, tandis que les plaintes pour extorsion ont explosé, multipliées par plus de huit, comme l'indique le quotidien El Comercio.
Cette montée de la criminalité coïncide avec l'émergence de groupes criminels transnationaux qui viennent se mêler aux gangs locaux, amplifiant un climat d'impunité déjà ressenti par la population.
Les secteurs les plus touchés par cette vague d'extorsions comprennent principalement le transport, l'éducation, le commerce et même le milieu artistique. En 2025, au moins 75 chauffeurs de bus ont été assassinés, surtout dans la métropole de Lima, une ville de dix millions d'habitants.
Lors d'une récente réunion électorale à Lima, le candidat ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga, l'un des favoris selon les sondages, a fait sensation en montant sur scène aux côtés d'une peluche représentant un serpent.
Dans une interview accordée à la chaîne Latina, il a même proposé de transférer les criminels “en hélicoptère dans les jungles reculées du Pérou pour y établir des colonies pénitentiaires, entourées de barrières naturelles composées de shushupes”, un serpent venimeux local, garantissant ainsi la sécurité.
L'ancien maire de Lima a aussi avancé l'idée que les États-Unis pourraient intercepter sur le sol péruvien des criminels étrangers recherchés.
La candidate de droite, Keiko Fujimori, qui est la fille de l'ancien président Alberto Fujimori, souhaite que les prisonniers soient contraints de “travailler pour leur nourriture”.
L'humoriste et animateur Carlos Alvarez milite pour l'application de la peine de mort contre les tueurs à gages, affirmant que “ces individus ne méritent pas de vivre”, selon ses déclarations à l'AFP lors d'un événement à Callao.
D'un autre côté, certains électeurs dans la capitale sont séduits par ces propositions. “Je soutiens l'idée que tous les délinquants purgent leur peine dans la jungle”, confie Lili Luna, une commerçante de 54 ans.
Cependant, d'autres, comme Samuel Cossio, un étudiant de 20 ans, se montrent plus incrédules : “Il est plus aisé de vendre ces solutions que de proposer des stratégies à long terme”.
Les candidats moins populaires avancent des idées encore plus extrêmes, à l'image de Paul Jaimes, qui promet des primes allant jusqu'à 29 000 dollars pour les policiers qui parviennent à capturer ou éliminer des criminels, déclarant que “les droits humains des délinquants ne sont pas notre priorité”, comme rapporté par Caretas.
Ronald Atencio, un candidat de gauche, évoque des souvenirs du passé avec des groupes paramilitaires en promettant d'organiser un “commando d'anéantissement” contre le crime, composé de 500 policiers d'élite, tout en insistant sur l'absence d’“exécutions extrajudiciaires”.
Face à ces propositions extrêmes, des experts s'avèrent préoccupés. Javier Llaque, ancien chef de l'administration pénitentiaire, souligne que la criminalité est le principal défi du pays et qu'il est essentiel d'y faire face de façon technique, et non émotivement. Il rappelle que le Pérou possède déjà des sanctions parmi les plus strictes d'Amérique latine.
“Il n'est pas nécessaire de créer de nouvelles lois ou d'augmenter les peines, il est crucial d'agir de manière stratégique”, ajoute-t-il.
La criminologue Erika Solis de l’Université catholique du Pérou conclut en affirmant que les solutions punitives proposées n'apportent pas de réponses efficaces à la criminalité organisée, considérant ces réactions comme “symboliques” plutôt qu'opérationnelles.







