l'essentiel La démographie mondiale connaît un tournant significatif. Le ralentissement de la croissance et la baisse de la fécondité, qui est tombée à 2,3 enfants par femme, redessinent les priorités économiques et sociales. La France ressent également cet impact : son indicateur de fécondité a atteint le niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
La baisse démographique n'est pas encore globalement perceptible, mais une tendance significative est déjà en marche. Après des décennies de croissance continue, le monde entre dans une phase de ralentissement durable.
Selon les projections des Nations unies, la population mondiale devrait continuer à croître pendant les décennies à venir, atteignant environ 10,3 milliards d'habitants d'ici le milieu des années 2080, avant d'amorcer un léger déclin d'ici la fin du siècle.
Une transformation marquante, pas un effondrement
Ce changement est considérable étant donné que, durant tout le XXe siècle, la démographie mondiale a été soutenue par une forte baisse de la mortalité et une fécondité élevée dans plusieurs régions. Cette dynamique semble désormais s’essouffler. Le taux mondial de fécondité a atteint 2,3 enfants par femme en 2024 et devrait continuer de se rapprocher du seuil de renouvellement des générations (2,1). Ce n'est donc pas un effondrement rapide, mais plutôt la fin d'une croissance perpétuelle, avec des impacts plus ou moins marqués selon les pays.
Les populations connaissent également un vieillissement rapide. Après le choc du Covid-19, l'espérance de vie remonte dans la plupart des régions, tandis que les générations plus anciennes avancent en âge, modifiant l'équilibre démographique des sociétés. Ce qui compte désormais, c'est moins le nombre total d'habitants que la structure démographique et les choix politiques que cela implique.
Cette transition se fait de manière inégale. Actuellement, une personne sur quatre réside déjà dans un pays dont la population a atteint son maximum. L'Europe, depuis longtemps, fait face à une fécondité inférieure au seuil de remplacement. La Chine, par exemple, devrait connaître l'un des plus grands déclins démographiques du siècle, conséquence de la politique de l’enfant unique, récemment abandonnée. En revanche, l'Afrique subsaharienne continuera d'enregistrer une part importante de la croissance mondiale dans les années à venir.
Le XXIe siècle pourrait donc être marqué par une polarisation démographique croissante : d’un côté, des régions vieillissantes et en déclin, de l’autre, des pays en pleine expansion. Cette évolution soulève déjà d'importantes questions économiques et sociales : financement des retraites, pressions sur les systèmes de santé, pénuries de main-d'œuvre et révisions des politiques familiales sont à prévoir, ainsi qu'une augmentation des flux migratoires dans certaines économies développées.
La France : fécondité au plus bas depuis la Première Guerre mondiale
Longtemps en tête des pays européens en termes de fécondité, la France incarne désormais ce changement. En janvier 2026, la population française est estimée par l’Insee à 69,1 millions d'habitants, soit une hausse de seulement 0,25 % sur un an. Ce chiffre ne repose cependant plus sur des naissances : en 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel a été négatif, enregistrant 651 000 décès contre 645 000 naissances, soit un déficit de 6 000 personnes.
Ce constat est particulièrement significatif. Les naissances continuent de décliner, avec une baisse annoncée de 2,1 % en 2025, se situant désormais près de 24 % en dessous du niveau constaté en 2010, le dernier sommet enregistré. L’indicateur de fécondité a chuté à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus bas depuis la Première Guerre mondiale.
Cette tendance n’est pas liée à une diminution du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants, mais bien à une baisse de la fécondité elle-même. L’âge moyen à l’accouchement continue de grimper, dépassant désormais 31 ans. Parallèlement, les décès augmentent en raison du vieillissement de la population et d’épidémies, comme la grippe qui a été particulièrement virulente en début d’année.
En outre, les Français vivent plus longtemps, avec une espérance de vie atteignant 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes, des niveaux historiques. Ce vieillissement se traduit par une proportion de 22,2 % de la population âgée de 65 ans ou plus, presque équivalente à celle des moins de 20 ans (22,5 %).
Actuellement, la France ne connaît pas encore de déclin démographique, grâce à un solde migratoire positif, mais son moteur naturel de croissance s’est arrêté. C'est une rupture historique qui rapproche le pays des tendances observées dans de nombreuses autres parties de l’Europe et qui pourrait devenir un sujet central lors de la prochaine campagne présidentielle.







