Après une interruption de trois mois, l'accès à Internet a été partiellement rétabli en Iran, sur ordre du président réformateur Masoud Pezeshkian, qui évoque la "volonté du peuple". Ce retour suscite une vive opposition des conservateurs, qui y voient une source de division, surtout en période de conflit. Cependant, la connexion reste limitée.
Le régime iranien a rompu l'accès au réseau international le 28 février, au début des frappes américaines et israéliennes. Depuis lors, le retour partiel d'internet met en exergue les profondes dissensions au sein du gouvernement entre réformateurs et conservateurs, même si la connexion actuelle demeure inégale.
“Volonté du peuple” ou “message de discorde”
Les autorités iraniennes soutiennent que cette décision découle de "sondages crédibles" révélant un fort désir d'un accès libre à Internet. Un vice-président a ainsi affirmé que "seulement 9 % de la population" soutenait des restrictions.
Les conservateurs critiquent ce rétablissement, le qualifiant de "décision étrange et contestable", estimant qu'il complique le commandement unifié durant cette période de crise. Le journal ultraconservateur Hamshahri avertit que cela envoie un "message de discord" au cœur même du régime.
Des critiques relayées par la télévision d'État soulignent que cette réaction pourrait creuser un fossé entre les factions électorales, contredisant ainsi la prétendue volonté populaire de changer. Pour eux, les réseaux sociaux sont perçus comme des outils de l'ennemi, destinés à renverser le régime.
Une connexion au “compte-goutte”
De nombreux utilisateurs évoquent leurs préoccupations, notant que les luttes de pouvoir continuent à entraver le rétablissement d'un accès Internet normal. BBC Persian rapporte que le retour à la normale est encore bien loin. Le réseau, bien que rétabli, est soumis à des restrictions sévères et à des débits réduits, selon le média d'opposition Independent Persian.
En effet, les usagers se plaignent d'une connexion toujours sporadique, incapables d'utiliser des applications comme Telegram et Instagram. Les conséquences de cette coupure prolongée se font lourdement ressentir : ventes en ligne en chute et schizophrénie des prix. Un internaute affirme : "Au cours des trois derniers mois, notre existence virtuelle a été anéantie. Aujourd'hui, la situation est encore précaire".
Un vice-ministre des Communications a minimisé la situation en affirmant que l'amélioration de la qualité du service requerrait quelques jours. Il a mentionné qu'il faudrait faire preuve de patience. Mais, d'après Independent Persian, le maintien d'un accès très limité témoigne d'une colère persistante dans les réseaux sociaux, marqués par le deuil et un sentiment d'abandon. "À quoi bon se reconnecter ? Les 40 000 victimes des manifestations de janvier ne peuvent pas retrouver leur voix", déplore un internaute.







