Le Liban toujours en quête de paix : une histoire de défis et d'oppositions

Un regard sur les obstacles persistants à la paix entre le Liban et Israël depuis des décennies.
Le Liban toujours en quête de paix : une histoire de défis et d'oppositions
Manifestante pro-Iran, Beyrouth, Liban, 25 mai 2026 © Marwan Naamani/DPA/SIPA

En mai 1983, le Liban et Israël ont signé un traité de paix dans un contexte tumultueux, négocié à l'hôtel Dan de Netanya. Pourtant, ce document n'a jamais été appliqué, en grande partie à cause des pressions exercées par la Syrie et l'Arabie saoudite, ainsi qu'avec la complicité des puissances occidentales comme Paris et Washington.

Lors de la cérémonie du 17 mai 1983 qui s'est tenue simultanément à Khaldé, près de Beyrouth, et à Kiryat Shmona, cette démarche audacieuse semblait marquer un tournant : pour la première fois, un gouvernement libanais cherchait à sortir de l'état de conflit avec Israël. Cependant, le climat politique de l'époque était extrêmement tendu. À partir des années 1960, le Liban a progressivement perdu le contrôle sur son territoire en raison des accords secrets de 1969, qui ont permis à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) d'agir librement. La Syrie, de son côté, était déjà intervenue militairement.

Mauvaise influence

Ce traité aurait dû mettre fin à l'état de guerre, organiser le retrait des forces étrangères et assurer la souveraineté libanaise. Mais il a rapidement échoué face aux intérêts syriens et saoudiens. Ces derniers ont catégoriquement refusé qu'un Liban souverain puisse signer un accord avec Israël, craignant de perdre leur emprise sur le pays.

À partir de 1983, la Syrie a intensifié la pression militaire, avec des affrontements fréquents au Liban. Les États-Unis et la France ont d'abord gardé leurs distances, mais après les attentats de Beyrouth, notamment celui du Drakkar qui a coûté la vie à 58 soldats français, ces puissances ont modifié leur approche. Washington a ensuite privilégié un compromis régional avec Damas plutôt qu'un soutien explicite à l'accord israélo-libanais. En conséquence, le président Amine Gemayel a fini par ignorer le traité, démantelant ainsi l'une des rares tentatives de paix dans la région.

L’histoire se répète

Antoine Fattal, un diplomate ayant joué un rôle clé dans les négociations, a confirmé que l'accord n'avait jamais été ratifié officiellent, ce qui signifie qu'il n'était jamais entré en vigueur. Ce précédent illustre le fait que l'échec de cet accord peut se répéter.

En 2024, alors que le Hezbollah montre des signes d'affaiblissement, une partie croissante de la population libanaise remet en question le monopole décisionnel du groupe sur les questions de paix ou de conflit. Des discussions ont donc repris entre des responsables libanais et israéliens au cours desquelles le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam cherchent à restaurer l'autorité de l'État. Leur objectif immédiat reste un accord de sécurité plutôt qu'une paix totale, afin de stabiliser la frontière sud et d'affirmer l'autorité de l'État libanais.

Cependant, les mêmes résistances régionales refont surface. Bien que l'Arabie saoudite et le Qatar soutiennent la stabilité économique du Liban, leur opposition à une normalisation avec Israël souligne les défis auxquels est confronté Beyrouth. Un rapprochement serait très impopulaire dans une opinion arabe largement hostile à Israël.

Paradoxalement, ces dirigeants doivent compter sur le soutien financier des monarchies du Golfe tout en naviguant dans des eaux politiques tumultueuses. La situation rappelle le contexte de 1983, où la moindre avancée vers un accord avec Israël rencontrait l'opposition de puissances régionales. Aujourd'hui, la France joue un rôle ambigu, continuant de soutenir la souveraineté libanaise tout en ayant des liens stratégiques avec Riyad et Doha, limitant ainsi sa capacité d'action.

La question essentielle dépasse le cadre du conflit israélo-libanais. Elle touche à la souveraineté même du Liban. Depuis l'Accord de Taëf de 1989, imposé par la Syrie sous le parrainage saoudien et américain, la véritable autonomie de l'État libanais a toujours été influencée par des équilibres régionaux.

En 1983, la paix avec Israël avait échoué en raison de l'incapacité du Liban à agir en tant qu'État souverain. La question qui se pose aujourd'hui est : quarante ans après, ce pays a-t-il réussi à gagner une autonomie suffisante ?

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