La conférence internationale ICOME 2026 s'est tenue ce mercredi 10 juin à l'Université de Corse, réunissant chercheurs et spécialistes autour des matériaux, de l’énergie, de l’hydrogène et des enjeux climatiques spécifiques aux îles. Une question clé émerge de ces échanges : la Corse peut-elle envisager une autonomie énergétique d'ici 2050 ? Cette problématique a animé les débats entre universitaires, industriels et acteurs du terrain.
Pour Mohamed El Ganaoui, professeur à l’université de Lorraine et président fondateur d’ICOME, il est essentiel de "se fixer un cap". Il souligne que "la recherche n’est pas toujours linéaire, elle peut progresser rapidement à certains moments et plus lentement à d'autres". Toutefois, définir un objectif est, selon lui, un élément crucial. La Corse fait montre d'atouts importants : un potentiel humain, une détermination palpable et une volonté manifeste d'explorer de nouvelles avenues.
Le défi majeur du stockage
Malgré des efforts croissants pour développer les énergies renouvelables, l'île reste encore tributaire des énergies fossiles. Ainsi, la question du stockage de l'énergie, en particulier celle produite par le solaire, devient centrale. "Produire de l’électricité renouvelable est une chose, mais la stocker en est une autre", résume un participant au débat.
Giuseppe Sdanghi, chercheur à l’université de Lorraine, spécialiste des techniques de l'hydrogène, perçoit cette molécule comme un levier essentiel pour les régions insulaires. Il explique : "L’hydrogène permet de stocker l’énergie de manière chimique". Couplé à l'énergie photovoltaïque, il peut éviter la perte d'électricité produite mais non consommée instantanément : "Vous convertissez l’électricité en gaz et stockez celui-ci sous pression dans des bouteilles".
Thierry Marcelli, maître de conférences en énergétique à l’université de Corse, souligne l'importance de cette question : "La production d’électricité se déroulant principalement durant la journée, la demande risque d'être plus forte en soirée et même la nuit". C'est pourquoi, il est urgent de "réfléchir aux moyens de stocker cette nouvelle énergie renouvelable".
Réchauffement, habitat et sobriété
Les conséquences des vagues de chaleur modifient également les perspectives. Mohamed El Ganaoui invite à ne pas reléguer aux oubliettes les technologies anciennes et adapte les pratiques traditionnelles : "Les méthodes méditerranéennes d'aération, par exemple, sont des savoirs précieux qui doivent être pris en compte par les chercheurs".
Jean-Louis Rossi, professeur en physique à l’université de Corse, abonde dans ce sens en évoquant les maisons traditionnelles, qui sont dotées de "petites ouvertures" et "de murs épais", contrastant avec les constructions modernes dotées de larges baies vitrées. Face au réchauffement climatique, il note que "le comportement humain aggrave le risque".
Hydrogène, réseaux et intelligence collective
À Vignola, où un projet de production d’hydrogène est en cours, Mohamed El Ganaoui y voit "un potentiel de recherche devant se transformer en potentiel sociétal". Il rappelle que l'hydrogène, bien que familier, est une “solution parmi d'autres” dans le paysage énergétique. Néanmoins, il maintient que les réseaux et leur interconnexion restent fondamentaux, tout en avertissant que l'essentiel réside dans le dosage.
Dans le contexte international actuel marqué par diverses tensions, l'autonomie énergétique émerge comme un enjeu de souveraineté. "Il est crucial de produire localement", déclare Mohamed El Ganaoui, encouragent à réduire le gaspillage et les pertes. Pour lui, la clé de la transition énergétique en Corse réside "dans l’investissement dans l’intelligence".
Cette vision résume parfaitement l'esprit de la conférence ICOME 2026 : croiser les savoirs, les disciplines et les approches pour tracer la voie vers une énergie durable pour les îles.







