Les ventes de tabac connaissent une chute continue en France, et cela est également vrai pour la Corse. Cette tendance est en grande partie liée à la réduction du nombre de fumeurs et à l'augmentation du vapotage. Néanmoins, les professionnels de l'île soulignent qu'une autre réalité s'impose : la montée en puissance du marché parallèle, qui met encore plus en péril leur activité.
Selon le dernier rapport de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), les volumes de tabac écoulés par les buralistes ont chuté de 8,2% en 2025 par rapport à l'année précédente. Cette baisse des ventes témoigne d'une transformation significative des comportements de consommation. En 2024, moins d'un adulte sur cinq âgé de 18 à 75 ans se déclarait fumeur quotidien, un chiffre qui n'a pas été observé depuis 2000. Parmi les lycéens, le déclin est encore plus marqué, passant de 30,8 % de fumeurs quotidiens en 2010 à seulement 5,6 % en 2024.
Parallèlement, le vapotage continue de se répandre. L'utilisation quotidienne de cigarettes électroniques augmente chez les adolescents, tandis que les ventes de substituts nicotiniques en pharmacie ont progressé de 7% en 2025.
La contrebande au cœur des inquiétudes
Les buralistes estiment que le déclin du tabagisme n'explique pas entièrement la baisse des ventes. En effet, en 2025, les douanes ont saisi 24,5% de cigarettes de plus qu'en 2024, totalisant près de 548 tonnes de tabac illicite.
Un rapport du cabinet d'audit KPMG a révélé que le marché noir du tabac atteint des sommets en France. En 2025, plus d'une cigarette sur deux consommée (53,6%) n'a pas été achetée chez les buralistes, 21 milliards de cigarettes provenant de la contrebande ou de la contrefaçon, plaçant la France en tête du marché illicite en Europe.
La contrefaçon représente une cigarette consommée sur cinq et prive l'État de plus de 10 milliards d'euros de recettes fiscales par an. Le rapport souligne également le rôle des réseaux sociaux et des circuits de vente clandestins dans la diffusion de ces produits. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les buralistes corses.
"Nous sommes aujourd'hui dans une situation délicate face à la flambée de la contrebande," alerte Christian Croquelois, président de la Confédération des buralistes de Corse. Selon lui, la baisse de consommation est d'autant plus significative sur l'île, où les prix du tabac sont maintenant très proches de ceux du continent, incitant les consommateurs à se tourner vers le marché parallèle.
Daniel Dodoli, gérant d'un bureau de tabac à Ajaccio, ajoute : "Le marché parallèle progresse. Les croisiéristes, souvent surpris par nos prix, préfèrent attendre une escale en Espagne ou Italie pour leurs achats."
Face à ces défis, la profession développe des stratégies pour rester vigilant. "Nous avons mis en place des systèmes d'alerte et collaborons étroitement avec les douanes pour lutter contre ce phénomène," précise Christian Croquelois.
Le vapotage, nouveau relais de croissance
Dans ce contexte, les buralistes cherchent à diversifier leurs activités. Jean-Christophe Vignoli, gérant d'un bureau de tabac, observe l'évolution rapide des préférences de consommation. "Le tabac reste notre principale source de revenus, mais l'espace consacré au vapotage a été multiplié par trois ces dernières années," souligne-t-il. Pour lui, le vapotage apparaît comme une alternative fiable à la cigarette traditionnelle.
Les clients recherchent des solutions pour diminuer leur consommation de nicotine ou arrêter de fumer, d'où la nécessité pour les buralistes de se former afin d’accompagner au mieux ces démarches.
Une spécificité corse qui demeure
Bien que la consommation de tabac soit en déclin, la Corse conserve un profil singulier en matière de tabagisme. Plus d'un quart des adultes âgés de 18 à 79 ans sont fumeurs, et près d'un sur cinq fume quotidiennement. Une particularité notable est le fait que la consommation tabagique des femmes sur l'île est comparable à celle des hommes, une tendance particulièrement marquée chez les 18-29 ans.
De plus, les Corses sont parmi les Français les plus enclins à vouloir arrêter de fumer, une tendance qui souligne la nécessité de continuer les initiatives de prévention, particulièrement auprès des femmes et des populations vulnérables, souvent plus exposées aux risques liés au tabagisme.







