La lutte des États-Unis contre les intelligences artificielles chinoises est-elle condamnée à l'échec ? Malgré un arsenal de sanctions, les géants du numérique en Chine semblent réussir à contourner les barrières technologiques américaines.
Derniers en date à susciter l'inquiétude : Alibaba et Baidu, qui rejoignent Tencent sur la liste noire "1260H" du département américain de la Défense. Cet outil, en vigueur depuis 2021, cible les entreprises suspectées de collaborer avec l’armée chinoise. Alibaba a même entrepris des démarches judiciaires pour faire annuler cette inscription.
Une faille manifeste
Cette dynamique a pris de l'ampleur depuis 2022, le Pentagone visant de plus en plus de leaders technologiques, tels que le fondeur de puces SMIC ou le fabricant de mémoires YMTC. Ce ciblage est stratégique, car ces entreprises développent certains des modèles de langage les plus puissants de Chine, dont Ernie et Qwen.
Les mesures du département du Commerce, quant à elles, affectent directement les exportations technologiques américaines, ayant déjà touché Huawei et son affilié HiSilicon en 2019, et limitent désormais l'accès aux puces graphiques de Nvidia.
Cependant, une faille significative persiste. Le 10 juillet, le Financial Times a révélé qu’OpenAI et Google fournissent réellement leurs modèles d'IA avancés à des filiales d'Alibaba, Baidu et Tencent basées à Singapour. Bien que cela soit conforme aux règles, cela pose un sérieux risque pour les IA américaines, en permettant une forme de "distillation", où un développeur utilise les réponses d'un modèle concurrent pour améliorer son propre système.
La défense d'OpenAI
La start-up Anthropic, qui interdit l'accès de ses modèles aux entités chinoises, a récemment accusé plusieurs laboratoires chinois de distiller ses technologies. Anthropic a alerté le Congrès sur l'utilisation abusive par Alibaba, qui aurait eu recours à des milliers de comptes frauduleux pour interagir avec son modèle Claude.
Interrogé par le Financial Times, OpenAI a précisé qu'elle bloque l'accès depuis la Chine continentale, mais elle reconnaît des contrats avec des filiales basées à l’étranger, où un contrôle plus rigoureux est possible. La firme souligne que "la nationalité ne devrait pas être le seul critère d’accès" et privilégie "une IA fondée sur des valeurs démocratiques".
Google, de son côté, a confirmé l'accès à ses services d'IA à Hong Kong et à Singapour, tout en admettant que les barrières géographiques n'éliminent pas complètement le risque de distillation face à des concurrents sophistiqués.







