Natacha Polony : une voix pour un avenir qui allie tradition et modernité

Un dialogue entre deux penseuses sur l'avenir et l'héritage de la France.
Natacha Polony : une voix pour un avenir qui allie tradition et modernité
© Quentin Verwaerde

Natacha Polony et Eugénie Bastié incarnent deux visions éclairées du journalisme d'opinion. L’une vénérant l’héritage d’avant 1789, et l’autre plaidant pour une République laïque, toutes deux s’accordent sur un constat alarmant : le pays se dirige vers une impasse, et un changement de cap s'impose. Faut-il se tourner vers la gauche ou la droite pour y parvenir ?

Causeur : Eugénie, tu as évoqué deux révolutions, 1776 et 1789. Cela révèle-t-il une divergence fondamentale entre la France et l’Amérique ?

Natacha Polony : La France a extrait des leçons dévastatrices des guerres de religion. Il était impératif de concevoir un système garantissant l'absence de telles atrocités. Cela a généré l'idéal du peuple souverain tel qu'affirmé en 1789, favorisant l’assemblage d’êtres humains déterminant leur avenir indépendamment d'une loi divine. Ce mouvement intellectuel a conduit à l'émergence de la laïcité – un principe de liberté, là où l’État protège l’individu sans assignement communautaire. En revanche, les Pères pèlerins, à l'origine de l'Amérique moderne, ont fui l’intégrisme religieux, ayant été chassés d’Angleterre et des Pays-Bas.

Eugénie Bastié : Je ne suis pas convaincue que l’éloignement du divin ait eu un effet pacificateur sur nos sociétés. Les émeutes qui suivent les matchs de football, les attentats, ainsi que la montée de la violence, témoignent d’un contexte social troublé, où la paix civile échappe à notre maîtrise. Les violence révolutionnaires, elles aussi, possédaient un caractère fanatique, à l'instar de celles de 1793. La Terreur n’a rien à envier aux frénésies des fanatiques religieux d’antan et illustre l’intolérance implicitement portée par cette phase de notre histoire.

N.P. : Je m’oppose à l'idée que la quête du vivre ensemble soit intrinsèquement liée à de tels actes. Les dérives sont inhérentes à toute société. Certes, des périodes de forte répression ont marqué notre histoire, mais il ne faut pas interdire la religion ; il s'agit plutôt de ne pas lui permettre de dicter nos vies.

E.B. : La Révolution demeure un sujet sensible, un clivage intrinsèque de notre imaginaire collectif : à certains, elle évoque un progrès ; d’autres y voient une plaie béante.

N.P. : Je réfléchis à l'idée que « les hommes naissent libres et égaux en droits », et c'est cette maxime qui me parle, inscrite dans notre Constitution. La France doit tirer sa singularité de son riche passé, intégrant ses racines chrétiennes aux influences d'Athènes et Rome, vers une République éclairée.

E.B. : Cependant, la célébration de certains aspects de cette Révolution peut sembler grotesque, comme la Fête de la Fédération. Là où Dreyfusards et anti-Dreyfusards se retrouvaient dans les tranchées, la résistance en 1940 montre la possibilité d'une unité nationale, prévalant par le devoir envers la patrie.

N.P. : Je fais le pari que cette réconciliation est envisageable. Je refuse de choisir entre une France eternelle et une France moderne. Ce dualisme nie la richesse de notre histoire. L’héritage républicain, malgré ses excès, reste un modèle que nous devons perpétuer.

E.B. : Mais une telle réconciliation ne semble pas réalisable aujourd’hui. Les fractures entre ceux qui prêchent la nouvelle France et ceux qui souhaitent préserver l’ancienne paraissent irréconciliables.

N.P. : Je reste optimiste. L’idéologie de la méritocratie et l’abolition des inégalités demeurent des valeurs précieuses que nous devons garder vivantes.

E.B. : Pourtant, aujourd’hui, cette polarisation règne. Chaque média flirte avec ses propres préférences, contribuant à l’étouffement d’une voix unique, essentielle au dialogue public.

N.P. : Cette situation est le reflet d’une domination économique, une pression idéologique qui marginalise tous ceux qui critiquent le sacro-saint libre-échange.

E.B. : Je ne suis pas convaincue que l’éloignement du libre-échange soit la cause principale de notre intolérance. Y’a-t-il encore place pour un journalisme de vérité ?

N.P. : Absolument. Et je fais peut-être plus que jamais écho à cette nécessité d'une voix véritable qui puisse résonner avec l’intérêt national.

E.B. : Natacha, envisagez-vous un engagement politique direct ?

N.P. : J’éprouve effectivement le besoin de contribuer aux débats cruciaux pour notre avenir – l’éducation, la sécurité, l’identification des défis migratoires – tout cela m'incite à réfléchir sur cette option.

E.B. : La question migratoire doit être au cœur de toutes les discussions sur l'avenir de notre pays, un aspect que vous semblez minimiser.

N.P. : Je soutiens pourtant qu’une vision collective est essentielle pour relever ces défis économiques en France, incorporant impérativement l'État et sa puissance dans les projets d'envergure.

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