Une vidéo truquée, à caractère sexuel, a été diffusée en se servant de l'image de Claire Marais-Beuil, une députée RN de l'Oise. Cette situation, qu'elle considère comme une intimidation politique genrée, met en lumière les nouveaux défis posés par l'intelligence artificielle à l'approche des élections municipales.
Quelques secondes d'images peuvent pourtant avoir des conséquences dévastatrices. Claire Marais-Beuil, qui représente la première circonscription de l’Oise et se présente aux municipales à Beauvais, a récemment porté plainte après que cette vidéo montait de fausses images d'elle dans l’hémicycle de l'Assemblée nationale. Cette information a été rendue publique par le Courrier Picard.
Élaborée à partir d'une photo officielle pêchée sur son Facebook, le deepfake montre Marais-Beuil en train d'effectuer un lap dance, assorti d'un commentaire suggestif. Bien que la vidéo ait été rapidement retirée des réseaux sociaux, son apparition souligne l'utilisation périlleuse de l'intelligence artificielle pour déstabiliser des figures politiques, en particulier des femmes, à l'approche d'élections cruciales.
Une violence sexiste inadmissible qui touche la sphère familiale
Bien que ce sabotage soit d'abord politique, ses effets se répercutent également dans sa vie personnelle. "Ça m’a troublée en tant que maman, en tant que grand-mère," confie l'élue, mère de trois garçons et grand-mère de trois petits-enfants. "Vous imaginez s’ils avaient vu cela ?" Pour prévenir de toute éventuelle exposition, elle a choisi de les informer elle-même. Ses enfants ont même tenté de retracer la vidéo pour identifier les responsables, en vain.
Marais-Beuil dépeint cette expérience comme une offensive sexiste, signalant que le deepfake présente des éléments dérangeants et explicitement sexuels. "Dans la vidéo, on me voit me déshabiller avec une danse inappropriée. Les sous-titres suggéraient que j'étais très active. Sortis de leur contexte, ces mots prennent une toute autre dimension". Pour elle, cette manœuvre constitue une "violence sexiste inadmissible" qui vise à discréditer les femmes en politique.
"Qu’ils m’attaquent sur mes idées, je suis prête à me défendre," ajoute-t-elle, tout en exprimant des craintes au sujet de l'impact de telles attaques sur l'engagement politique. "Beaucoup de gens hésitent à s'impliquer, et peu souhaitent se lancer aux municipales. Cela met en péril notre démocratie," estime-t-elle.
Une page rapidement tournée
Marais-Beuil s'interroge sur le fait que la vidéo ait pu être diffusée pour nuire dans un climat politique déjà tendu. Sa désignation en tant que candidate RN aux municipales a suscité des contestations au sein du parti, entraînant la démission de cinq membres de son bureau départemental en décembre dernier.
"Cette attaque pourrait être une nouvelle arme dans le contexte des municipales, une arme ciblant la femme politique que je suis," confie-t-elle. Bien qu'elle ne souhaite pas s'attarder sur l'identification de l'auteur, elle a décidé de passer à autre chose. "Je suis forte, mais cela peut avoir des répercussions désastreuses sur des familles fragiles."
En tant qu'ancienne membre d'une commission d'enquête sur TikTok et les dangers pour les jeunes, elle tire la sonnette d'alarme sur les dérives à venir. "Dans mon malheur, j'ai eu de la chance de rendre cette vidéo reconnaissable comme un deepfake. Mais le jour où je pourrais être manipulée pour dire quelque chose de très crédible, la situation devenir bien plus difficile."







