Les députés français ont adopté, le 23 juin dernier, une réforme constitutionnelle visant à doter la Corse d'une "autonomie au sein de la République". Le projet, validé par 271 voix contre 202, vient maintenant se heurter à l’examen du Sénat, dont la majorité est à droite et au centre, suscitant des inquiétudes quant à son avenir.
Malgré l'approbation à l'Assemblée, cette proposition pourrait rencontrer des obstacles d’ici la présidentielle. La ministre de la Décentralisation, Françoise Gatel, a exprimé sa satisfaction en soulignant l’importance historique de cette étape pour la Corse et pour la démocratie française, tandis que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a qualifié ce moment de "promesse tenue".
Cette réforme, initiée en réponse aux tensions ayant suivi la mort du militant nationaliste Yvan Colonna, vise à reconnaître les spécificités de l'île, lui conférant des pouvoirs dérogatoires pour adapter les lois nationales. Le rapporteur Florent Boudié (Renaissance) a mis en avant le besoin de règles appropriées à la réalité insulaire, rappelant que "le code de l'urbanisme ne peut pas être le même à Rueil-Malmaison qu'à Ajaccio".
La portée de cette autonomie reste à définir. Les députés et le gouvernement évoquent les domaines d’intervention possibles comme l'aménagement du territoire, le tourisme ou le développement économique, sans toutefois toucher aux compétences régaliennes.
Cependant, certains experts expriment des réserves. Benjamin Morel, constitutionnaliste, met en garde contre un risque de "communautarisme constitutionnel" à travers des formulations qui pourraient renforcer les divisions. Par ailleurs, François-Xavier Ceccoli (LR) a souligné les dangers potentiels d’une législation locale sous pression du crime organisé.
Dans un contexte plus large, des parlementaires craignent que ce texte n’ait des répercussions sur d'autres régions de France, comme l’Alsace ou la Bretagne. Néanmoins, de nombreux députés de la précédente majorité ont soutenu le projet, tandis que des voix de la gauche, dont celles des Insoumis, ont appelé à emmener un "signal fort et positif". Jean-Luc Mélenchon a même promis dans le cadre électoral une "autonomie étendue" pour la Corse.
Cet épisode démontre l'ampleur des débats autour de la notion d'autonomie régionale en France, loin d’être simplement une question corse, mais un enjeu qui pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein de la République. L'issue au Sénat sera donc cruciale dans les mois à venir.







