La Fraternité sacerdotale saint-pie x, communauté traditionaliste au sein de l'Église catholique, a récemment surpris en annonçant l'ordination de nouveaux évêques le 1er juillet, sans le consentement du Vatican. Cette décision soulève des inquiétudes quant à un potentiel schisme.
- Qu'est-ce que la Fraternité saint-pie x ?
Créée en 1970 à Écône, en Suisse, par l'évêque français Marcel Lefebvre, cette fraternité attire des fidèles fidèles à une interprétation rigoureuse de la tradition catholique. L'ordination de quatre évêques en 1988, sans l'accord de Rome, avait entraîné une excommunication immédiate, révélatrice des tensions persistantes.
Aujourd'hui, la Fraternité compte environ 730 prêtres et 260 séminaristes, avec une forte présence en France, en Suisse, et aux États-Unis, pour un total estimé de 600.000 fidèles. Selon Martin Dumont, secrétaire général à l’Institut de recherche sur l'étude des religions, cette communauté s'oppose vigoureusement aux réformes issues du Concile Vatican II, défendant une vision sociétale traditionnellement patriarcale.
- Le rite pré-Vatican II : un retour aux sources ?
Le rite dit "tridentin", codifié au XVIe siècle, met l'accent sur une liturgie en latin et des gestes rituels symboliques. Cette tradition, marquée par le prêtre tourné vers l'autel, a été largement remplacée après Vatican II, qui a introduit la messe en langue vernaculaire pour favoriser la participation des fidèles. Pour la Fraternité, ces changements constituent une dilution de la tradition.
- Leurs intentions et le désaccord avec le Vatican
Mercredi à 09H00 (07H00 GMT), la Fraternité prévoit une grande messe de consécration épiscopale, avec une attendance de plusieurs milliers de fidèles à Écône, sur le site même des précédentes ordinations. Le Vatican considère cette action comme une insubordination grave. Consacrer un évêque sans l'assentiment du pape pourrait entraîner une excommunication automatique.
Pour Martin Dumont, la situation est délicate et pourrait perturber les efforts de réconciliation entre la Fraternité et le Vatican, alors que certains liens commençaient à se tisser. "Cela les coupe de relais potentiels dans l'Église," explique-t-il.
- Une histoire de tensions
Après l'annulation de l'excommunication de 1988 par le pape Benoît XVI en 2009, le pape François a tenté d'améliorer les relations en validant les confessions et mariages célébrés par les prêtres de la Fraternité depuis 2015. Léon XIV a même célébré une messe en latin récemment, semblant tendre la main aux traditionalistes, renforçant ainsi l'idée d'un dialogue possible.
- Pourquoi cette décision maintenant ?
La Fraternité se justifie par un besoin urgent d'augmenter le nombre d'évêques, faisant état de seulement deux évêques actifs. Malgré des tentatives pour obtenir l'aval du pape pour de nouvelles ordinations, les réponses étaient insatisfaisantes. Des divergences internes entre partisans d’un dialogue avec le Vatican et fidèles radicaux exacerbent encore la situation.
Le Vatican, pour sa part, cherche à désamorcer les tensions. En juin, Léon XIV a exprimé sa tristesse face à cette décision, annonçant son intention de faire un nouvel appel avant la célébration.







