Suite à la reprise de territoires par le gouvernement syrien dans le Nord-Est, les Kurdes se voient confrontés à un ultimatum : jusqu'à samedi pour négocier leur intégration au sein de l'État. Ce nouveau tournant semble affaiblir leur rêve d'autonomie, marquant un moment charnière pour les Kurdes de Syrie, déjà abandonnés par la communauté internationale, souligne le chercheur Adel Bakawan.
Les Kurdes, qui ont été des alliés cruciaux lors de la lutte contre l'État islamique, voient désormais leurs aspirations s'étioler. Entre 2011 et 2024, les Forces démocratiques syriennes (FDS), le bras armé de leur administration, avaient établi une zone autonome, connue sous le nom de Rojava.
Face à la volonté de centralisation du nouveau pouvoir dirigé par Ahmed al-Charaa, les Kurdes ont jusqu'au 24 janvier pour présenter un plan d'intégration pacifique. La situation s'est détériorée encore plus avec la perte de villes clés comme Alep et Raqqa, où les FDS ont dû se replier sur leurs bastions de Hassaké, Kamichli et Kobané, perdant ainsi le soutien des États-Unis qui avaient facilité leur création en 2015.
Tom Barrack, l'émissaire américain pour la Syrie, a récemment affirmé que l'époque où les FDS étaient la principale force sur le terrain contre l'EI est révolue, laissant la sécurité entre les mains de Damas, qui s'est récemment affirmé capable de gérer les centres de détention de l'EI.
À l'écouter, Bakawan estime que les Kurdes se retrouvent piégés, avec peu d'options à leur disposition. L'effondrement de leur soutien international s'est accéléré lorsque les forces américaines se sont rapprochées des tribus arabes, incitant celles-ci à se dissocier des FDS.
Au fil des années, les Kurdes ont progressivement perdu des zones stratégiques, notamment des champs pétroliers, essentielles à leur économie, tout en redoutant l’éventuelle normalisation de relations entre leur allié américain et le gouvernement syrien.
Les conséquences sur la région
En regardant plus largement la question, Bakawan s'interroge : comment stabiliser un Moyen-Orient avec 60 millions de stateless Kurdes, souvent abandonnés ? Il plaide pour un État kurde, soulignant que le rêve d'indépendance est désormais plus fragile.
Concernant le processus de paix avec le PKK, Abdullah Öcalan, le leader emprisonné du PKK, a même appelé à une dissolution des revendications indépendantistes, attirant l'attention non seulement en Turquie mais aussi sur les ramifications régionales de cette situation.
La question de savoir si l'armée syrienne peut maîtriser la menace de l'EI soulève également des doutes. Les observateurs redoutent que la transition du pouvoir de lutte contre l'EI des FDS à des groupes parallèles comme Hayat Tahrir al-Cham soit un pari risqué, laissant planer des doutes sur la stabilité future de la région.
Les Kurdes, bien qu'éprouvés, possèdent encore une armée puissante et restent des acteurs clés, avec une feuille de route qui, malgré les obstacles, tente de préserver leur identité et leurs aspirations autonomistes.







