Paris (France) - "Coup de force", "reniement" : vendredi, Eric Coquerel (LFI) et Marine Le Pen (RN) ont vivement critiqué la décision de Sébastien Lecornu de recourir à l'article 49.3 pour faire adopter le budget. Les motions de censure proposées par la gauche hors PS et l’extrême droite semblent, cependant, vouées à l'échec en raison de l'absence de soutien des Républicains (LR) et du Parti Socialiste (PS).
Le débat, marqué par un hémicycle clairsemé, a révélé les divisions au sein de la gauche, tandis que le PS se retrouve isolé face à un front commun des Insoumis, des écologistes et des communistes. Eric Coquerel, président insoumis de la Commission des Finances, a qualifié l'usage du 49.3 de "coup de force", affirmant qu'il s'attendait à cette décision depuis longtemps, soulignant que le gouvernement ne bénéficie d'aucune majorité à l’Assemblée.
La présidente du groupe RN, Marine Le Pen, a quant à elle dénoncé une "trahison du pacte" entre le gouvernement et le Parlement, décrivant ce recours à l'article 49.3 comme un "passage en force", emblématique de la gestion macroniste. Elle a contesté l'"impuissance" du gouvernement et a appelé à la démission du président de la République, Emmanuel Macron.
En amont de sa déclaration, l’entourage du Premier ministre a précisé que "le pouvoir n’a pas été confisqué" et reste "entièrement entre les mains des députés". Lecornu devrait expliquer que sa décision de recourir au 49.3 ne constitue pas une "victoire", mais une nécessité pour "trancher" après des débats au sein du Parlement jugés peu productifs.
Sortir du "blocage permanent"
Dès mardi, le PS avait déjà annoncé qu’il ne soutiendrait pas la motion de censure proposée par les autres groupes de gauche. Le député socialiste Laurent Baumel a justifié cette décision en mettant en avant les "inflexions substantielles" obtenues par son parti, se félicitant que l'abandon temporaire du 49.3 ait permis d’effectuer des avancées au cours des discussions.
"Nous avons su faire face à l'annulation des prestations en les réindexant sur le coût de la vie", a-t-il déclaré, ajoutant qu'une augmentation significative de la prime d'activité pour trois millions de travailleurs modestes a été consentie, ainsi que la généralisation des repas à un euro pour les étudiants.
Cette position a été critiquée à la fois par Coquerel et par Benjamin Lucas-Lundy, au sein du groupe écologiste : "Quelques concessions ne font pas un progrès", a-t-il insisté. Du côté de la coalition gouvernementale, des désaccords subsistent concernant les choix budgétaires de Lecornu, comme l'a souligné l'ancienne ministre Agnès Firmin-Le Bodo, qui a toutefois ajouté que pour éviter le blocage institutionnel, il est impératif d'avancer.
Les motions de censure devraient être rejetées dans la matinée, et le gouvernement se prépare à engager à nouveau sa responsabilité sur les dépenses et sur l'ensemble du texte. Cela engendrera de nouvelles motions de censure, qui devraient également échouer en début de semaine prochaine. Après un passage au Sénat, le texte retournera à l'Assemblée pour un ultime recours au 49.3, permettant la promulgation des mesures nécessaires au début de février.







