La maison de Kim Ren, autrefois intacte, n'est plus qu'un souvenir désolant après le passage d'un bulldozer thaïlandais. Sur cette terre qui lui était familière, elle se retrouve désormais sans abri, repoussée de l'autre côté de la frontière. "Il est interdit aux Cambodgiens d'entrer dans cette zone", indique un panneau décoloré derrière des barbelés gardés par les forces thaïlandaises.
Ce conflit, qui refait surface avec des confrontations meurtrières survenues l'an dernier, est ancré dans une histoire complexe héritée des anciennes rivalités coloniales. Depuis le cessez-le-feu de décembre, l'armée thaïlandaise a solidifié sa présence sur des territoires controversés, aux dépens de villageois cambodgiens, comme Kim Ren, qui déclare : "Nous avons perdu tout espoir de revenir chez nous." Kim, qui a construit sa vie à Chouk Chey depuis 1993, se plaint que les ressources qu'elle avait accumulées, notamment des réserves alimentaires et sa maison, aient été pillées ou détruites.
À Ban Nong Chan, les soldats patrouillent, alors que des journalistes sont invités à observer leurs opérations. Les autorités locales rapportent qu'environ 1 200 familles ont fui vers un temple plus au sud, où des tentes fournies par des ONG sont maintenant leur refuge temporaire. L'inquiétude grandit parmi les déplacés qui s'efforcent de reconstruire leur vie avec ce qui leur reste.
Un conflit qui ne cesse de s'intensifier
Les récents épisodes de violence ont causé la mort de dizaines de personnes et forcé la relocalisation d'un million d'habitants des deux côtés de cette frontière de 800 kilomètres. Le gouvernement cambodgien exige le retrait des forces thaïlandaises, tandis que Bangkok maintient que ces dernières ne font que reprendre possession de territoires historiques.
Des témoignages, comme celui de Pongsri Rapan, agricultrice thaïlandaise, révèlent la tragédie partagée de cette région. "Je ne suis pas effrayée car l'armée n'est pas loin," dit-elle, tout en témoignant de liens d'amitié durables avec ses voisins cambodgiens. Les agriculteurs thaïlandais espèrent également bénéficier des terres nouvellement acquises.
Les cicatrices d'un conflit historique
Dans ce contexte, Sok Chork, installé depuis 1980 à Prey Chan, exprime sa colère face à ce qu'il perçoit comme une appropriation injuste de terres. Des tensions se sont intensifiées lorsque des villageois cambodgiens ont tenté de retirer les barbelés, ce qui a entraîné des lourdes réponses policières. Pour certains, comme Anupong Kannongha, le passé et le présent se heurtent douloureusement : "Cela me blesse de voir la destruction de ma maison. Le Cambodge nous a fait ça." Au-delà des barricades, les drapeaux thaïlandais flottent fièrement, un symbole des fractures persistantes entre ces deux pays voisins.
© 2026 AFP







