Washington, D.C. – C'est un tournant pour le Washington Post, qui a récemment annoncé le départ immédiat de son directeur général Will Lewis, un mois seulement après l'implémentation d'un plan drastique visant à réduire ses effectifs. Ce départ se produit dans un climat de pressions accrues sur le journal, propriété de Jeff Bezos.
La décision de réduire de 300 à 800 journalistes a suscité une onde de choc au sein de la rédaction, marquée par des tensions croissantes entre la direction et certains employés. Will Lewis a mentionné dans un courriel que "c'est le bon moment" pour lui de se retirer, suggérant que les transformations du Post devaient se poursuivre sans lui.
En remplaçant Lewis, le journal a désigné Jeff D'Onofrio, ancien directeur financier, qui sera chargé de redéfinir la stratégie du Post dans un environnement médiatique de plus en plus concurrentiel. Lewis, qui a précédemment collé un scoop majeur sur la manipulation des dépenses parlementaires en Grande-Bretagne, a eu pour mission de revitaliser le quotidien qui, malgré son histoire prestigieuse, fait face à des défis financiers importants.
Le Washington Post est en péril depuis plusieurs années. Bien que le quotidien ait bénéficié d'une montée en popularité durant le premier mandat de Donald Trump grâce à sa couverture critique, le intérêt est retombé après le départ du président. En conséquence, le journal a enregistré une perte estimée à 100 millions de dollars en 2024, aggravée par une chute de 250 000 abonnés numériques, selon le Wall Street Journal.
Une crise qui s'intensifie
La récente vague de licenciements a vu des correspondants étrangers, notamment ceux spécialisés en Russie et au Moyen-Orient, ainsi que des équipes dédiées aux livres et au sport, être fortement réduits. Martin Baron, ancien rédacteur en chef, a exprimé son désarroi sur les réseaux sociaux, qualifiant cette journée d'"une des plus sombres" de l'histoire du journal.
De nombreux observateurs notent que l'absence de prise de position claire avant les élections de 2024 a également été un facteur déterminant dans la perte d'abonnés. Certains attribuent cette situation à Jeff Bezos, qui semble jouer un rôle croissant dans les affaires internes du Post.
Les médias américains traditionnels, dont le Washington Post, font face à des défis particuliers liés à la baisse des revenus publicitaires, exacerbés par l'essor des réseaux sociaux. Alors que des publications comme le New York Times commencent à rebondir, le Washington Post peine à retrouver sa place sur ce marché saturé.
Le chemin à parcourir reste complexe et semé d'embûches pour le journal, et les prochaines étapes de sa stratégie seront déterminantes pour sa survie et son avenir dans le paysage médiatique.
© 2026 AFP







