Les dirigeants des 27 États membres de l'Union européenne se sont réunis ce jeudi pour une journée de réflexion visant à trouver de nouvelles méthodes pour revitaliser une économie qui stagne. Parmi les idées évoquées, celle de laisser certains pays avancer plus rapidement soulève des questions sur les conséquences d'une Europe à plusieurs vitesses.
Ce sommet européen sur la compétitivité, qui s'est tenu le 12 février dernier en Belgique, a été présenté comme une "retraite" visant à encourager un dialogue franc sur l'avenir de l'Europe. Les discussions ont été marquées par la proposition d'une Europe à plusieurs vitesses, qui pourrait permettre à certains pays de progresser plus rapidement, un sujet analysé par l'historien Sylvain Kahn, professeur à Sciences-Po Paris.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a suggéré que les États membres pourraient coopérer par petits groupes. Cela annonce-t-il une possible fragmentation de l'Union ? Selon Kahn, ce modèle n’entraînerait pas nécessairement une division, car l'Europe opère déjà à plusieurs vitesses dans des domaines comme l'euro, où 21 pays participent, et Schengen, qui regroupe 25 États sur 27.
Depuis le traité de Lisbonne de 2007, il est en effet possible pour un groupe d'au moins neuf pays de mettre en place des coopérations renforcées (article 20). L'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a abordé également la notion de fédéralisme pragmatique, plaidant pour un changement face aux blocages institutionnels rencontrés dans une union à 27 pays.
Pour Kahn, le risque de créer des citoyens de seconde zone est limité. Les échanges réguliers entre les représentants des quelques pays qui choisissent de ne pas participer à de telles coopérations garantissent que les droits ne sont pas retirés à autrui.
Cependant, la question demeure : y a-t-il un danger de complexifier le droit européen avec des règles différentes d'un pays à l'autre ? D'un côté, cette complexité est déjà visible ces derniers mois avec des révisions fréquentes sur les lois climatiques, remettant en question l'harmonisation au sein de l'UE. Au final, l'ensemble des décisions prises à ce sommet pourraient marquer le début d'une nouvelle ère pour l'Europe, là où la coopération renforcée pourrait redéfinir les relations entre nations.







