Dans une tournure inattendue des événements, Jimmy Lai, figure emblématique de la lutte pour la démocratie à Hong Kong et fondateur de l'Apple Daily, a gagné son appel contre une condamnation pour fraude. À 78 ans, Lai fait encore face à 20 ans de prison pour sédition, une sentence qui ne cesse d'alimenter la controverse.
Ce jeudi, le juge Jeremy Poon de la Haute cour de Hong Kong a statué : « Nous validons les appels, annulons les verdicts et suspendons les peines ». Cette victoire judiciaire est d'autant plus marquante alors que Lai avait été condamné récemment pour des accusations en vertu d'une loi sur la sécurité nationale. Les autorités, toutefois, ne comptent pas en rester là : un porte-parole du gouvernement a annoncé que le ministère de la Justice va examiner l'arrêt « de manière approfondie, afin d'envisager de former un recours ».
L'affaire de fraude remonte à 2022 et concerne un litige sur un contrat de location, sans lien direct avec les accusations portées à l'encontre de Lai pour sédition. En dépit de sa non-comparution devant le tribunal, la pression qui pèse sur lui reste énorme, exacerbée par les révélations sur son état de santé, jugé préoccupant par ses proches. Ses partisans n'ont de cesse d'alerter quant aux conditions de sa détention, principalement en isolement, que les autorités affirment être à sa demande pour éviter tout harcèlement, selon un rapport de Le Monde.
Le procès initial a vu le parquet insister sur le fait qu'un cabinet de conseil, propriété de Lai, avait occupé des locaux loués par Apple Daily, ce qui lui avait valu une peine de cinq ans et neuf mois pour ce que le juge de première instance avait qualifié de stratagème « planifié, organisé et étalé sur plusieurs années ». En plus de cette peine, Lai avait été condamné à une amende de 2 millions d'euros hongkongais (environ 256 000 $) et à une interdiction de gestion de sociétés pour huit ans.
Les avocats de la défense ont argumenté que l'affaire aurait dû être traitée dans le cadre civil, suggérant que la superficie des bureaux concernés était négligeable. En revanche, les juges d'appel ont conclu que l'accusation n'avait pas réussi à prouver qu'une fausse déclaration avait été faite, qualifiant le raisonnement du jugement initial d'« indéfendable ».
Le 10 février dernier, créant un tumulte international, un tribunal avait condamné Lai à deux décennies de prison pour collusion avec des forces étrangères, une décision qui a soulevé des critiques de la part des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'Union européenne, qualifiant cette peine de « équivalente à une peine de mort » pour un homme avançant en âge.
Il demeure essentiel de suivre de près l'évolution de cette affaire, tant les implications pour la liberté d'expression à Hong Kong et au-delà sont considérables.







