Dix ans après sa fusion avec la Champagne-Ardenne et la Lorraine, l'Alsace se rebiffe. L'Assemblée nationale commence à examiner, ce mardi 7 avril, une proposition de loi permettant à la région de quitter le Grand Est pour former une collectivité à l'instar de la Corse, englobant à la fois les compétences d'un département et d'une région.
Invitée de BFM Alsace, Brigitte Klinkert, députée Ensemble pour la République et initiatrice du texte, affirme que cette demande de statut spécifique est en phase avec les désirs des Alsaciens. "Plus de 70% des habitants souhaitent la reconnaissance de notre particularité et expriment un fort désir d'Alsace," déclare-t-elle, soulignant l'importance de créer une collectivité unique d'Alsace.
Ce projet a déjà reçu le soutien de 80 députés issus de six partis politiques divers, incluant dix parlementaires alsaciens.
Des promesses d'économies et de simplification
Dans un communiqué, les cinq députés EPR alsaciens justifient cette réforme par la volonté de "simplifier les échelons administratifs" et de réaliser "des économies budgétaires de 80 à 100 millions d'euros par an". La fusion des compétences est présentée comme une manière d'améliorer l'efficacité administrative, comme l'a soutenu Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d'Alsace.
Raphaël Schellenberger, député non inscrit, souligne également que le découpage territorial ancien ne correspond plus aux besoins actuels des citoyens. Il prône une nouvelle structuration basée sur les bassins de vie.
Un projet controversé
Toutefois, la réaction face à ce projet est mitigée. Franck Leroy, président du Conseil régional du Grand Est, a qualifié l'initiative de "saugrenue". Il pense que d'autres enjeux plus pressants se présentent aux citoyens. De plus, dix présidents de région, inquiets pour l'impact sur leurs propres collectivités, se sont clairement opposés à cette proposition, la considérant comme clientéliste et dangereuse.
Dans un contexte où un article permettant à d'autres régions de revendiquer un statut similaire a été supprimé, le débat sur la création d'une collectivité unique en Alsace ouvre une "boîte de Pandore" selon plusieurs experts.
Historique des demandes alsaciennes
L'Alsace s'est imposée comme un laboratoire pour les réformes territoriales depuis une douzaine d'années, avec des tentatives de fusion des départements et de la région, qui n'ont pas abouti. Des sondages récents révèlent que la majorité des Alsaciens souhaitent d'une nouvelle consultation sur leur statut.
Après la création en 2021 de la Collectivité européenne d'Alsace, le dialogue sur l'indépendance régionale a repris de plus belle. Cependant, des figures politiques comme Emmanuel Macron restent opposées à un retour à une Alsace indépendante, un sujet qui pourrait bien redéfinir les lignes du paysage politique français.
La proposition de loi, une fois votée, sera soumise à l'examen du Sénat, avec comme objectif une mise en œuvre espérée d'ici 2028.







