Révélation des dernières élections municipales, Bally Bagayoko, le nouveau maire de Saint-Denis, a rapidement su s'imposer en tant qu'une figure emblématique de La France insoumise. Le premier meeting de campagne de Jean-Luc Mélenchon se tiendra d'ailleurs ce dimanche au pied de l'hôtel de ville.
Âgé de 52 ans, cet élu à la silhouette élancée et à l'élocution posée a également remporté une puissante intercommunalité en Seine-Saint-Denis face à son rival socialiste, Karim Bouamrane. En mars, il a offert à La France insoumise sa plus grande victoires, remportant Saint-Denis—une ville de 150.000 habitants—dès le premier tour, après une campagne marquée par des propositions audacieuses, soutenues par des médias tels que Le Monde.
Pour Jean-Luc Mélenchon, Bally Bagayoko incarne sa vision d'une "Nouvelle France", plus connectée, urbaine et diversifiée. Issu d'une famille malienne et d'un quartier populaire de Seine-Saint-Denis, cet élu de religion musulmane a, depuis son élection, été la cible de propos controversés sur des chaînes d’information comme CNews, provoquant des réactions vives contre le racisme. Des médias ont notamment relayé une mauvaise interprétation de ses propos selon laquelle il aurait dit que Saint-Denis était la "ville des Noirs", alors qu'il avait en réalité évoqué la "ville des rois et du peuple vivant".
L'eurodéputée Manon Aubry a déclaré à l'AFP que ces attaques racistes ont non seulement attiré l'attention sur lui mais ont également généré une mobilisation impressionnante en sa faveur. Cela lui a permis d'émerger dans les sondages, parfois même au-delà de Mélenchon en termes de popularité.
Bally Bagayoko se distingue par une approche moins clivante que certains membres du mouvement de gauche radicale, évitant les controverses inutiles. "Il est conscient qu'il est le maire de tous les habitants de sa ville", note Manon Aubry. Manuel Bompard, coordinateur de LFI, souligne également que Bally présente une image sympathique, la qualifiant d'"homme avec qui on aurait envie de jouer au basket"—référence à son passé de joueur semi-professionnel.
Une particularité du parcours de Bagayoko est son expérience politique antérieure à son affiliation avec La France insoumise. Proche du PCF, il a déjà tenté sa chance dans diverses élections, sans succès. Dans une interview accordée au Le Monde, il a même déclaré : "Je ne fais pas partie de la génération de Mélenchon. Mon parcours m'a conduit à LFI en 2017, faute de soutien suffisant de mes anciens alliés du PCF."
La direction de LFI ne semble pas menacée par ses ambitions, d'après Manuel Bompard : "Il a choisi de se concentrer sur son rôle de maire. Il n'est pas coordinateur ou président de groupe parlementaire, mais il démontrera son engagement à Saint-Denis". Ce débat sur les aspirations présidentielles potentielles de Bagayoko semble avoir été écarté pour l’instant, l'élu déclarant que l'avenir se tracera après la victoire.
Des commentateurs soulignent cependant son potentiel unique au sein du mouvement. "Il va avoir une existence politique propre en dehors de LFI, c'est à suivre", note un ancien proche de Mélenchon. Dans tous les cas, Bally Bagayoko semble prêt à transformer sa vision politique en réalité, tout en restant fidèle aux valeurs qui l'ont porté à sa nouvelle fonction.







