Lors d'une séance particulièrement tumultueuse, les sénateurs ont rejeté, mercredi, toute forme d'aide à mourir, enterrant ainsi une réforme sociétale qui devrait cependant être réexaminée à l'Assemblée nationale. Le climat au sein de l'hémicycle, souvent réputé pour sa retenue, a été marqué par la confusion et le désaccord.
La discussion sur le suicide assisté et l'euthanasie a été brusquement interrompue avec le rejet d'un article fondamental, destiné à fixer les conditions d'accès à une assistance médicale à mourir. En réaction, les sénateurs de droite ont totalement réécrit cet article, lui ôtant tout contenu substantiel, au profit d'un amendement qui proposait un "droit au meilleur soulagement possible de la douleur".
Le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a exprimé son inquiétude, notant que ce texte pourrait potentiellement revenir sur des dispositions essentielles de la loi Claeys-Léonetti, stipulant que l'hydratation pourrait ne plus être permise lors de sédation profonde. Alors que les débats se poursuivaient, d'autres articles, comme la clause de conscience des médecins, ont également été examinés, malgré l'absence de cadre pour l'aide à mourir, laissant les sénateurs perplexes face à un "texte fantôme".
Les tensions ont été palpables, certains accusant des sénateurs de laisser leurs convictions religieuses guider leur vote. Une décision solennelle sur la proposition de loi du député Olivier Falorni est prévue pour le 28 janvier, mais beaucoup la considèrent comme d'une importance limitée, puisque le texte a été largement amputé de ses fondements.
Le processus législatif semble désormais se concentrer vers l'Assemblée nationale, où une majorité s'était dégagée pour une approche différente. Le gouvernement vise à relancer les discussions dès le mois de février. La forte opposition à l'aide à mourir parmi les sénateurs de droite et du centre s'est cristallisée autour de la figure de Bruno Retailleau, alors même que certains dans leur camp prônaient une alternative plus strictement encadrée.
Philippe Mouiller, président de la commission des affaires sociales, s'est montré préoccupé par le rejet d'un article qu'il qualifie de "clé de voute". Du côté du groupe socialiste, l'opposition a été renforcée par une réécriture jugée trop éloignée du cadre adopté par l'Assemblée en juin 2025.
L'écho de ces débats a révélé des divisions profondes au sein même du Sénat, rendant difficile l'émergence d'un consensus solide. En se désolant de la tournure que prenait la situation, Patrick Kanner, chef des sénateurs socialistes, a exprimé sa frustration face à ce qu'il considère comme une "agonie politique" capable de ridiculiser la haute assemblée sur un sujet aussi crucial pour le pays.
Pour certains, le calendrier de la réforme pourrait s'alourdir avec divers allers-retours entre les chambres. Cependant, Jonathan Denis, le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), a souligné une incapacité criante du Sénat à trouver une voie médiane, plaidant pour une issue rapide à l'Assemblée. En cas d'aboutissement de cette réforme, la France suivrait la voie d'autres pays ayant déjà légiféré sur ces questions délicates comme les Pays-Bas ou le Canada.







