La décision de la Cour Suprême des États-Unis, prise le 20 février, d'invalider une large part des droits de douane instaurés par l'administration Trump, a suscité l'espoir chez de nombreux experts. Pourtant, elle soulève également des inquiétudes quant à la stabilité des échanges de commerce entre les États-Unis et l'Europe.
En effet, cette invalidation ne garantit pas la paix commerciale pour les viticulteurs, les entreprises chimiques ou même les distillateurs européens, qui pourraient se retrouver dans un contexte incertain et chaotique. La plus haute Cour a jugé, sur un vote de six contre trois, que Trump ne pouvait justifier l'instauration de ces taxes en invoquant la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques en cas d'urgence (IEEPA) sans le feu vert du Congrès.
Initialement, cette décision a été accueillie avec soulagement par plusieurs entreprises, cependant, des groupes européens de commerce et des analystes craignent désormais que cela n'aggrave davantage les relations commerciales, déjà fragiles, à la suite des accords laborieux conclus l'an passé.
Selon Paolo Castelletti, secrétaire général de l'association italienne des vins, cette décision pourrait engendrer un « effet boomerang », entraînant une plus grande incertitude et un gel des commandes, alors que les acteurs du marché attendent un cadre réglementaire plus clair.
D'autres moyens pour imposer des droits de douane ?
Plusieurs entreprises craignent que Trump ne cherche d'autres moyens de réintroduire des droits de douane similaires, ce qui risquerait de raviver les tensions commerciales avec ses principaux partenaires. Le président a déjà annoncé la mise en place d'une surtaxe mondiale de 10 % qui « prendra effet presque immédiatement » pour une durée initiale de 150 jours, une mesure qu'il pourrait étendre à 15 %.
Le président français Emmanuel Macron a exprimé une volonté d'examiner les répercussions des nouvelles mesures sur le commerce tout en soulignant l'importance de l'État de droit.
Une nouvelle période d'incertitude
Wolfgang Grosse Entrup, de l'association allemande VCI, représentant le secteur chimique, a averti que les entreprises pourraient entrer dans une « nouvelle phase d'incertitude », notant que « ceux qui pensent que cela signifie la fin des conflits sur les droits de douane se trompent. » De nouveaux droits de douane pourraient surgir à tout moment, élaborés sur une base légale différente.
Impact irréversible sur les chaînes d'approvisionnement
Peter Sand, analyste en chef chez Xeneta, a souligné que le risque politique reste un facteur déterminant pour les groupes tournés vers l'exportation, avec une tendance « irréversible » dans les chaînes d'approvisionnement. La FEBEA, représentant l'industrie cosmétique, s'est dite « très prudente » quant à cette décision, affirmant qu'elle surveillera de près les actions de l'administration américaine concernant d'éventuels nouveaux droits de douane.
Massimiliano Giansanti, président de la Confagricoltura, a quant à lui indiqué que cette décision « anéantit toute la base juridique » des droits de douane précédemment en place, compliquant la tâche des exportateurs qui peinent à faire face à ces changements. « Cela engendre une profonde instabilité alors que nous avons besoin de certitudes », a-t-il déclaré.







