Plus de 15 ans après avoir semblé éradiqué, le cynips, redoutable ennemi du châtaignier, fait son grand retour en Corse. Bien que cette réapparition inquiète les castanéiculteurs, la santé des châtaigneraies insulaires n'est pas en danger pour l’instant.
Après une absence remarquée, le cynips s'impose de nouveau dans les châtaigneraies corses. Les premières alertes en provenance du Nebbiu, de l’Orezza et du Niolu témoignent de l'invasion de cet insecte nuisible qui avait déjà frappé la région entre 2010 et 2013. Les nouvelles images sur les réseaux sociaux signalent une présence croissante de ce ravageur dans les microrégions productrices de châtaignes. L'insecte pond dans les bourgeons et les nervures des feuilles, entravant ainsi le développement des fruits.
Les inquiétudes ressurgissent parmi les exploitants, qui se remémorent les années noires où la production chutait de 80 % et où certains arbres mouraient. Charles Fessler, un jeune castanéiculteur basé à Muratu, souligne l'importance de la vigilance : « C’est l’AOP qui m’a contacté pour suivre l’évolution de mes parcelles. C’était un soulagement de ne plus voir ces galles pendant trois ou quatre ans, mais maintenant que quelques-unes sont de retour, ça réveille des souvenirs douloureux. »
Un cycle biologique
Les craintes sont-elles justifiées ? Pasquin Flori, président du groupement des producteurs de châtaignes, demeure relativement serein. Bien que le cynips soit un danger permanent pour les châtaigniers, les conditions actuelles sont différentes. Le Torymus, prédateur naturel du cynips, est désormais bien connu et actif, offrant une lueur d'espoir. « Cela fait partie d'un cycle normal, et nous savons que le torymus reprendra la main », explique-t-il.
Flori précise que la dynamique de régulation naturelle attendue est un processus régulier dans d'autres pays, et la Corse n'échappe pas à ce phénomène. « Les cycles de domination entre le cynips et son prédateur sont normaux », insiste-t-il.
Les agriculteurs, tout en étant vigilants, ont des raisons d'être optimistes. « Le torymus est déjà présent dans la région, ce qui n'était pas le cas en 2010. Il devrait rapidement rétablir l'équilibre », assure Fessler.
Des préoccupations commerciales plus que biologiques
La lutte contre le cynips doit être adaptée pour anticiper d'éventuelles relâches de torymus d'ici le printemps prochain si sa population n'atteint pas des seuils suffisants cet hiver. Cependant, le président Flori estime que « l'impact sur la production pour 2026 sera négligeable, la présence du cynips restant faible ».
Les véritables préoccupations des producteurs se concentrent sur la commercialisation de leur produit. « Plusieurs facteurs entravent la valorisation de nos châtaignes de qualité », déplore Flori. « Nous avons besoin d'un effort collectif pour mettre en avant les produits corses et garantir leur qualité. » Les acteurs de la filière doivent jouer leur rôle et assurer que les châtaignes corses, sans gluten et biologiques, soient mises en valeur face à des produits moins authentiques qui inondent le marché.







